jeudi 12 juillet 2018

2018 - MISSION IMPOSSIBLE : FALLOUT

Mission Impossible : Fallout

De Christopher McQuarrie (USA)
Avec Tom Cruise, Henry Cavill, Rebecca Ferguson, Simon Pegg, Ving Rhames, Sean Harris, Alec Baldwin, Angela Bassett

Depuis le lancement de la saga Mission Impossible sur grand écran en 1996, c’est la première fois qu’un même réalisateur passe deux fois derrière la caméra pour mettre en scène Ethan Hunt et son équipe. Tom Cruise s’était en effet attaché jusqu’alors à sélectionner des cinéastes aux styles marqués et aux personnalités fortes pour imprégner chaque opus d’une atmosphère différente. Pour autant, McQuarrie ne cherche pas la redite et redouble d’efforts pour que Fallout ne ressemble pas à Rogue Nation. Il pousse la démarche jusqu’à se passer des services de son compositeur fétiche Joe Kramer en laissant Lorne Balfe s’occuper de la bande originale. 

Choisir un disciple de Hans Zimmer pour mettre le film en musique n’est pas innocent. Ce sixième Mission Impossible cherche visiblement à cultiver une noirceur et un sens de la tragédie hérités des Batman de Christopher Nolan. Les dilemmes constants d’Ethan Hunt nous ramènent à la fameuse séquence des ferry-boats piégés de The Dark KnightFaut-il faire passer l’intérêt général avant celui du plus petit nombre ? Doit-on accepter de sacrifier quelques vies pour en sauver d’autres ? Ce motif apparaît dès l’entame, au cours de laquelle Hunt, Benji et Luther échouent lamentablement dans leur mission. Il contamine bientôt l’intrigue tout entière jusqu’à en devenir le moteur dramatique principal. Chaque scène d’action s’appuie sur ce thème récurrent, jusqu’à un final vertigineux transformant presque Hunt en personnage surnaturel, une sorte de super-héros prenant son rôle d’ange-gardien très au sérieux et dont les « super-pouvoirs » seraient non seulement la détermination mais aussi une folle témérité à la lisière de l’inconscience. 

Une fois de plus, la mise en abîme inhérente à la prestation de Tom Cruise fonctionne à plein régime. Sachant que le comédien effectue réellement une grande partie des cascades lui-même, l’implication du spectateur reste très forte. A l’ère du tout numérique et des tours de magie digitaux, parvenir encore à solliciter l’adrénaline du public comme à l’époque des prégénériques des premiers James Bond tient presque du miracle. A ce titre, les innombrables cascades qui scandent Mission Impossible : Fallout dépassent en audace la très grande majorité de celles des films d’action de ces dix ou vingt dernières années. L’ébouriffante poursuite automobile au beau milieu du trafic parisien tutoie même en de nombreux instants le pourtant inégalable French Connection de William Friedkin. Sans compter les corps à corps extrêmement brutaux, les courses de toit en toit, les chutes libres rocambolesques ou cet hallucinant chassé-croisé en hélicoptère qui redéfinit à lui seul le sens du mot « climax ». 

On peut certes regretter que cette ambition ne se répercute pas vraiment sur le scénario, préférant souvent l’enchaînement des retournements de situations à une progression dramatique digne de ce nom, ni sur la bande originale éléphantesque de Balfe qui confond puissance et tonitruance et reste la grande faute de goût du film. Mais notre enthousiasme n’est pas entamé pour autant. La démesure, la générosité et la folie d’un tel spectacle ne sont pas si fréquentes.

© Gilles Penso

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