samedi 7 juillet 2018

1999 - eXistenZ

eXistenZ

de David Cronenberg (Canada)
avec Jennifer Jason Leigh, Jude Law, Ian Holm, Willem Dafoe, Don McKellar, Callum Keith Rennie, Christopher Eccleston

Après l’accueil mitigé du Festin Nu, de M. Butterfly et de Crash, tous trois adaptés d'œuvres littéraires atypiques, David Cronenberg revient à ses premières amours : la science-fiction comme prisme de la transfiguration anatomique. L’idée d’eXistenZ lui est inspirée lors de la condamnation à mort de l’écrivain Salman Rujdie par l’extrémisme islamique. A la fois choqué et fasciné par cette situation, il la transpose dans un futur proche où le jeu vidéo est devenu une forme d’art à part entière et où les univers virtuels sont de plus en plus proches de la réalité. 

Le personnage central du film est Allegra Geller (Jennifer Jason Leigh), créatrice d’un jeu très populaire, eXistenZ, qui se connecte directement au système nerveux, retourne contre le joueur ses peurs, ses souvenirs et ses sentiments, et l’entraîne dans une aventure hyperréaliste en se servant de son corps comme d’un disque dur. Au cours de l’avant-première d’eXistenZ, Allegra échappe de peu à un attentat fomenté par un groupe de fanatiques révolutionnaires, les « Réalistes », persuadés qu’il faut détruire l’industrie du jeu avant que celle-ci ne prenne définitivement le pas sur la réalité. Ted Pikul (Jude Law), un jeune stagiaire en marketing, sauve la vie d’Allegra et se retrouve embarqué avec elle dans une course-poursuite au cours de laquelle il devient de plus en plus difficile de dissocier le virtuel du réel. 

Inscrit dans le courant cyberpunk initié par des auteurs tels que William Gibson, eXistenZ est le premier scénario original que Cronenberg rédige depuis Videodrome, et les similitudes entre les deux films sont nombreuses, tant du point de vue visuel que thématique. Le moindre de ces points communs n’est pas cet étrange pistolet organique créé avec des os humains et dont les munitions sont des dents ! Parmi les autres créations fantaisistes du film, on note le « pod », une petite créature étrange qui sert d’interface à Allegra pendant qu’elle joue, ou un mutant à deux têtes réunissant à la fois les caractéristiques physiques d’un insecte et d’un amphibien. Une fois de plus, le cinéaste délaisse les superstars au profit de « gueules » propres à illustrer son univers tourmenté. Quant au « futur non futuriste » du film, il procède par soustraction d’objets et d’appareils plutôt que par addition, une méthode qui se place donc à contre-courant des traditions établies dans le cinéma de science-fiction. Ainsi, l’univers du film est-il dénué d’ordinateurs, de téléviseurs, de téléphones ou de fax. 

Cette absence de technologie est l’un des nombreux partis pris extrêmes d’un film qui aurait sans doute gagné en efficacité si sa mise en scène n’avait été si minimaliste et son budget si maigre. Fidèle à ses habitudes, Cronenberg retrouve là la plupart de ses collaborateurs, le moindre n’étant pas le compositeur Howard Shore. « Chaque fois que je prépare un nouveau film, j’en envoie d’abord le scénario à une poignée de personnes : mon chef opérateur, mon directeur de production, mon monteur, et bien sûr Howard Shore », nous explique le cinéaste. « Ce dernier a composé la musique de la majeure partie de mes films, et son implication est toujours très importante. Travailler “en famille” est pour moi un excellent stimulateur de créativité. » (1) Et en matière de créativité, avouons qu’eXistenZ n’est pas en reste.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2005

© Gilles Penso
Thema: MONDES VIRTUELS





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