mardi 3 juillet 2018

1969 - HIBERNATUS

Hibernatus

d’Edouard Molinaro (France)
Avec Louis de Funès, Michael Lonsdale, Bernard Alane, Claude Gensac, Olivier de Funès, Claude Piéplu, Paul Préboist

Oscar étant sans conteste l’un des films les plus drôles de Louis de Funès, le producteur Alain Poiré et la Gaumont décident d’en retrouver les ingrédients principaux : Claude Gensac dans le rôle de l’épouse, Edouard Molinaro à la mise en scène (même si c’est initialement Jean Girault qui était envisagé) et une pièce de théâtre populaire comme support du scénario. Il s’agit ici du « Hibernatus » de Jean-Bernard Luc représenté pour la première fois au théâtre de l’Athénée à Paris fin janvier 1957. 

Dans le nord du Groenland, une expédition franco-danoise découvre le corps d’un homme parfaitement conservé dans la banquise (Bernard Alane). A ses côtés sont retrouvés les débris d’un bateau disparu en mer en 1905. Cet « homme de glace » serait donc prisonnier du grand froid depuis 65 ans. Le professeur chargé de ce cas (l’irrésistible Michael Lonsdale qui excelle dans le registre de l’humour pince sans rire) constate une reprise d’activité cardiaque et en conclut que la glycérine, transportée par le cargo au moment du naufrage, a submergé son corps et favorisé son hibernation. On finit par identifier l’inconnu : il s’agit de Paul Fournier, grand-père d’Edmée de Tartas (Claude Gensac), l’épouse d’Hubert de Tartas (Louis de Funès). 

Toujours parfait sous la défroque des bourgeois mesquins, égoïstes et nerveux, le futur  héros des Aventures de Rabbi Jacob joue donc ici le président d’une société d’emballage qui prépare les fiançailles de son fils Didier (joué par son propre fils Olivier de Funès) avec Evelyne (Eliette Demay), la fille d’un de ses fortunés confrères. Or si Paul Fournier est vivant, il doit reprendre possession de ses biens, ce qui n’arrange pas du tout Hubert. Pour éviter à l’hiberné un choc qui serait fatal à sa santé encore fragile, on reconstitue chez les de Tartas l’atmosphère du Paris de la belle époque, y compris, dans le voisinage immédiat : décors, costumes, véhicules, aucun détail n’est négligé. Du coup Edmée se fait passer pour la mère de Paul et Hubert pour le prétendant de celle-ci. La situation étant posée, la cascade de quiproquos peut s’enchaîner allègrement. 

On sait que l’atmosphère sur le plateau fut très tendue entre la star et le réalisateur, le scénario n’en finissant pas de se modifier en cours de route à la demande de De Funès, éternel angoissé. Mais rien n’en transparaît à l’écran. Le film est joyeux, enlevé, et ciselé au millimètre selon une mécanique parfaitement huilée. « Mon père n’était pas un clown triste, comme on l’a souvent dit, mais un travailleur compulsif qui était obsédé par la perfection », nous avouait Olivier de Funès. « Il m’avait imposé comme comédien dans beaucoup de ses films, alors que je visais plutôt une carrière de pilote d’avion, ce que j’ai fini par devenir » (1) Ce qui explique sans doute pourquoi De Funès Jr joue sans beaucoup de conviction. La grande scène du film, le moment d’anthologie, la fulgurance ultime est la révélation de toute la vérité à l’hiberné par un Louis De Funès en plein délire, hurlant le prénom de sa femme, esquissant des pas de danse absurdes, sautant et grimaçant comme jamais. Ce moment de folie pure nous rappelle celui – tout aussi excessif – qui servait de climax à Oscar. Dommage que De Funès et Molinaro, face à leur incompatibilité d’humeur, aient cessé leur collaboration après Hibernatus.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 2002.

© Gilles Penso
Thema: MEDECINE EN FOLIE

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