mardi 15 mai 2018

1997 - SHINING : LES COULOIRS DE LA PEUR

The Shining

de Mick Garris (USA)
avec Steven Weber, Rebecca de Mornay, Courtland Mead, Melvin Van Peebles, Will Horneff, Elliott Gould, Stanley Anderson

Déçu et frustré par le Shining de Stanley Kubrick, Stephen King réfléchit depuis plusieurs années à la possibilité d’une nouvelle adaptation qui rendrait justice à son roman. Face à la richesse et la longueur du texte initial, seule l’option d’un long téléfilm en trois parties d’une heure trente chacune semble viable. Heureux de son travail sur Le Fléau, King propose à Mick Garris d’en signer la réalisation. Le casting de Shining : les couloirs de la peur, aux antipodes de la version de Kubrick, est loin d’être inintéressant. En rupture avec la fragilité hystérique manifestée jadis par Shelley Duvall, Rebecca de Mornay est une Wendy Torrance belle et forte. Dans le rôle de son époux, Steven Webber affiche un masque de normalité presque fade qui laisse affleurer des accès fugaces de folie, contrairement à Jack Nicholson qui affirmait sa démence dès les premières secondes. 

La longueur de cette mini-série permet d’aborder beaucoup plus progressivement le basculement du personnage de Jack Torrance vers la démence. Le scénario, écrit par King, insiste beaucoup sur le passé d’alcoolique de ce professeur de lettres contraint de garder l’hôtel Overlook en plein hiver pour gagner un peu d’argent. Un parallélisme intéressant s’établit du coup entre son ancienne addiction et sa soudaine obsession pour les vieux documents relatant le passé de l’hôtel. Fidèle à ses habitudes, Mick Garris a l’humilité d’effacer sa réalisation derrière la performance de ses acteurs, comme un metteur en scène de théâtre laisserait s’exprimer ses comédiens sur les planches. Comment interpréter autrement certains passages très – trop ? – dialogués comme la conversation entre Jack et Wendy dans le salon, au cours du second épisode, qui se développe pendant plus de dix minutes d’affilée ? 

Plus encore que dans Le Fléau, Garris dote sa caméra de mouvements amples pour accompagner ses comédiens tout en les inscrivant dans le décor, jouant souvent sur les perspectives et les avant-plans. Tous les éléments du huis clos se mettent en place progressivement, tandis que le fantastique ne s’immisce qu’avec prudence dans un premier temps. King et Garris auraient sans doute pu resserrer la narration et sauter quelques passages redondants, mais leur objectif évident est de coller au plus près au déroulement du livre. 

Ainsi, contrairement à la précédente, cette version de Shining s’intéresse de près aux dons de clairvoyance du petit Danny (Courtland Maid) qui entend des voix, voit un ami imaginaire, lit dans les pensées de son père et établit un lien télépathique avec Dick Halloran (Melvin Van Peebles). Lorsqu’enfin il veut provoquer la peur, le réalisateur ne faillit pas à la tâche et nous offre quelques passages oppressants comme l’apparition récurrente de l’inscription « Redrum », les buissons en forme de fauves qui semblent prendre vie par le seul effet de la mise en scène ou le cadavre hideux de la femme noyée (un maquillage particulièrement impressionnant de Steve Johnson) qui surgit d’une baignoire. Gros succès sur les petits écrans américains, la mini-série est nominée trois fois aux Emmy Awards.

© Gilles Penso

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