dimanche 22 avril 2018

2018 - RAMPAGE

de Brad Peyton (USA)
Avec Dwayne Johnson, Naomie Harris, Malin Akerman, Jeffrey Dean Morgan, Jake Lacy, Joe Manganiello, Marley Shelton

Avec un film dont le slogan est « Big Meets Bigger », dont la tête d’affiche est Dwayne Johnson et dont le concept consiste à lâcher dans la ville trois monstres géants prompts à tout détruire sur leur passage, on imagine bien ne pas avoir affaire à un spectacle d’une très haute portée intellectuelle. Le vide abyssal du scénario de Rampage, la vulgarité de son humour de bas-étage et la profonde stupidité de l’ensemble de ses personnages donnent pourtant le vertige. En s’inspirant vaguement du jeu d’arcade créé en 1986 par Midway Games, le film de Brad Peyton (San Andreas), met donc en scène le massif The Rock dans le rôle très peu crédible d’un ancien militaire devenu primatologue, sorte de Dian Fossey masculin gorgé de testostérone. Son meilleur ami est George, un gorille blanc qui adore les blagues graveleuses (et qui adresse régulièrement à l’ancien catcheur un doigt d’honneur pour montrer aux spectateurs l’étendue de son sens de l’humour). Mais un jour, rien ne va plus : une station spatiale explose et projette dans la forêt les restes d’une expérience génétique ratée. Aussitôt, George atteint la taille de King Kong, comme jadis le petit chimpanzé de Konga, et révèle une soudaine agressivité que nous ne lui connaissions pas. 

Un gorille géant ne suffisant apparemment pas à attirer l’attention du public, deux autres animaux connaissent la même mutation : un loup et un crocodile. Pour une raison qui reste mystérieuse, George conserve ses attributs physiques, si ce n’est sa taille titanesque, tandis que les deux autres deviennent des sortes de mutants hybrides aux morphologies insolites (le loup vole et projette des épines, le crocodile est grand comme une locomotive et ressemble au dinosaure Anguirus du Retour de Godzilla). Mais ce n’est pas la seule incohérence du film, loin d’en faut. Les monstres sont d’ailleurs les mieux lotis dans Rampage, avec une nette préférence pour le gigantesque croco qui nous donne droit aux séquences les plus spectaculaires et les plus iconiques du métrage. On ne peut pas en dire autant des humains, dont le scénario semble se désintéresser avec une insouciance qui laisse pantois. 

The Rock est plus monolithique que jamais, la généticienne qui l’accompagne (Naomie Harris) est parfaitement transparente, l’agent spécial incarné par Jeffrey Dean Morgan donne l’impression de se téléporter sans cesse d’une scène à l’autre sans se départir de son sourire agaçant, tous les seconds rôles surjouent jusqu’à l’outrance (les méchants grotesques, le chef des armées caricatural) et certains protagonistes qui semblaient importants disparaissent purement et simplement au bout de dix minutes de film (les trois explorateurs qui accompagnent le héros pendant les premières séquences). Rampage donne ainsi l’impression de ne pas savoir sur quel pied danser, à mi-chemin entre la parodie non assumée, le spectacle violent pour public adulte, la comédie potache et l’action musclée post-Commando. Autant dire que le mélange ne prend pas. Restent donc les créatures. La générosité des scènes de combat et de destructions dans lesquelles elles s’animent (sous la supervision experte de l’équipe de Weta) nous ferait presque oublier la bêtise généralisée de l’entreprise. Presque.


© Gilles Penso
Thema: SINGES, MAMMIFÈRES, REPTILES

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