1992 - LE COBAYE

The Lawnmower Man

De Brett Leonard (USA)
Avec Jeff Fahey, Pierce Brosnan, Jenny Wright, Mark Bringleson, Geoffrey Lewis, Jeremy Slate, Dean Norris, Colleen Coffey

Si le nom de Stephen King apparaît dans des caractères gigantesques sur l’affiche du Cobaye, la publicité s’avère un tantinet mensongère, dans la mesure où le film de Brett Leonard n’adapte que très partiellement la courte nouvelle « La Pastorale » (« The Lawnmower Man » dans le texte original, autrement dit « L’homme à la tondeuse »), publiée en 1978 dans le recueil « Danse Macabre », pour en tirer un récit tout neuf. 

Jobe Smith (Jeff Fahey) est un jeune homme un peu attardé qui tond le gazon des habitants de sa petite ville pour augmenter le maigre contenu de sa tirelire. Un chercheur employé par l'armée, le docteur Lawrence Angelo (Pierce Brosnan, trois ans avant sa starification dans Goldeneye), le contacte pour en faire le cobaye d'une expérience scientifique utilisant la réalité virtuelle. Une expérience qui aura pour conséquence de le rendre supérieurement intelligent, mais dont les effets secondaires sont plus inattendus. Désormais doué de raison, Jobe évolue dans le mauvais sens : il tue par l'intermédiaire des images virtuelles ceux qui l'ont autrefois ridiculisé. Tel un monstre de Frankenstein se retournant contre son créateur, il déclare fièrement au scientifique : « Vous réalisez, docteur d’Angelo, que mon intelligence a surpassé la vôtre ? » 

L'univers fascinant de la réalité virtuelle méritait qu'un film de science-fiction s'y penche vraiment, et Le Cobaye a effectué ce premier pas. Certes, des œuvres comme Tron et Brainstorm ont amorcé le mouvement, mais le film de Brett Leonard est le premier à intégrer les connaissances réelles en ce domaine et les accessoires qui en sont corollaires (casques, gants, combinaisons). La partie la plus intéressante du récit concerne la transformation psychologique et physique de Jobe, simple d'esprit devenu savant suite à une série d'expériences pratiquées sur son cerveau. Jeff Fahey s'avère très convaincant dans le rôle multi-facettes du personnage, et il se mue en superbe super-vilain lorsqu'enfin il arbore sa combinaison bleue lumineuse pour effectuer sa vengeance, sa mégalomanie croissante le poussant à clamer « Je suis Dieu ici ! ». 

Plus que les scènes de la tondeuse, finalement très anecdotiques, c'est cette expédition punitive, successive à l'humiliation, qui évoque Stephen King, et en particulier Carrie. Les images de synthèse qui figurent les univers virtuels dans lesquels se promènent les personnages privilégient l'esthétisme plutôt que le réalisme, ce qui s'avère un choix heureux. Dommage cependant qu'elles soient souvent trop furtives, pas assez immersives pour que le spectateur puisse partager le « trip » des protagonistes. Il faut dire qu’en ces temps pré-Jurassic Park, la 3D n’était pas encore monnaie courante au cinéma. Pour obtenir les huit minutes d’images de synthèse du film, huit mois de travail furent nécessaires, entraînant un surcoût de 500 000 dollars. Même si le postulat scientifique et son argumentation laissent un peu perplexe, même si le climax dans les locaux militaires manque de nervosité, de crédibilité et d'efficacité, tous les sujets que le film aborde captent l’intérêt. Et le final, digne de celui de La Grande Menace, est inquiétant à souhait.

© Gilles Penso
Thema: MONDES VIRTUELS

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