lundi 9 avril 2018

1990 - LA CRÉATURE DU CIMETIÈRE

Graveyard Shift

de Ralph S. Singleton (USA)
avec David Andrews, Brad Dourif, Kelly Wolf, Stephen Macht, Andrew Divoff, Robert Alan Beuth, Vic Polizos, Robert Alan Beuth

Ralph S. Singleton a un peu touché à tout à Hollywood depuis le début des années 70. Deuxième assistant réalisateur de Taxi Driver et des Trois Jours du Condor, directeur de production de la série Kojak et de La Folle Histoire du Monde, producteur associé de Simetierre, il réalise ici son premier long-métrage. Adaptation de la nouvelle « L’équipe de nuit » parue en 1978 dans le recueil « Danse Macabre », La Créature du Cimetière repose sur un scénario de John Esposito qui oublie en cours de route la plupart des salves anti-capitalistes du texte initial. 

Le taciturne John Hall (David Andrews) débarque dans la petite commune de Gate Falls, dans le Maine, et accepte un poste de nuit au broyeur de l’usine de textile qui jouxte le cimetière de la ville, suite à la mort mystérieuse de son prédécesseur. Le contremaître Warwick (Stephen Macht) s’avère être un sale type qui pratique allégrement le droit de cuissage. Une nuit, il charge un groupe d’ouvriers, dont Hall, de nettoyer les sous-sols de la vieille fabrique, qui ne l’ont pas été depuis Mathusalem. Armés de lances à incendie, nos hommes se heurtent à des hordes de rats qu’ils chassent comme ils peuvent et finissent par dénicher une trappe donnant sur une cave abandonnée. Il s’agit de l’antre d’une créature inconnue, jonchée d’ossements humains. 

Le monstre tant attendu par le spectateur tarde à se manifester : une griffe pas-ci, une queue par là, un bout de museau… Il n’apparaît dans son intégralité qu’à cinq minutes de la fin, et encore dans l’ombre et l’humidité, façon Alien. Croisement contre-nature entre un rat et une chauve-souris, gros comme un éléphant, ce bestiau peu fréquentable a les allures de monstre médiéval, à mi-chemin entre la gargouille et le dragon, et dévore allègrement les ouvriers qui croisent son chemin. Etiré sur la durée d’un long-métrage (qui atteint pourtant à peine les 80 minutes), le récit imaginé par King perd beaucoup de son impact, et eut mérité à coup sûr une narration plus nerveuse. D’autant que, bizarrement, le scénario choisit de ne mettre en scène qu’un seul monstre – inventé de toutes pièces - au lieu de ceux décrits dans la nouvelle. 

Restent quelques indéniables qualités formelles (notamment un décor glauque et suintant à souhait et une belle photographie jouant avec les contrastes, les zones d’ombre et le monochromatisme), un montage parfois percutant (le plan d’un ouvrier se faisant dévorer s’enchaîne avec celui d’une femme affichant la pancarte « on embauche ») et une poignée de clins d’œils aux fans de King (la fabrique s’appelle « Bachman Mills », l’héroïne Jane Wisconsky vient de Castle Rock). Au milieu d’un casting inconnu mais plutôt convaincant, qui donne corps à de nombreux personnages absents de la nouvelle originale, on reconnaît la trogne impayable de Brad Dourif. Dans le rôle d’un vétéran du Viêt-Nam reconverti à l’extermination de rats, ce dernier évoque d’un air illuminé ses souvenirs de guerre, à la manière de Robert Shaw expliquant sa haine des requins dans Les Dents de la Mer, et décrit avec un luxe de détails les tortures à base de rongeurs infligées à certains prisonniers !

© Gilles Penso
Thema: MAMMIFÈRES

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