vendredi 30 mars 2018

2018 - ANNIHILATION

Annihilation

de Alex Garland (USA-GB)
Avec Natalie Portman, Jennifer Jason Leigh, Gina Rodriguez, Oscar Isaac, Tessa Thompson

Œuvre complexe s’appuyant sur un argument de science-fiction pur et dur pour décrire le parcours initiatique d’une femme fragilisée, Annihilation adapte le roman homonyme de Jeff VanderMeer. Derrière la caméra, Alex Garland n’a rien perdu de la virtuosité et du raffinement dont il avait fait preuve en réalisant Ex-Machina quatre ans plus tôt. Toute en retenue, Natalie Portman incarne Lena, chercheuse en biologie incapable de faire le deuil de son époux Kane (Oscar Isaac), parti au front pour une mission spéciale dont il n’est jamais revenu. Lorsqu’elle s’apprête enfin à tourner la page, par le biais symbolique d’une nouvelle couche de peinture sur les murs de son appartement, Kane revient. Désorienté, incapable d’expliquer d’où il vient, il semble entre la vie et la mort et doit être hospitalisé d’urgence. 

Pour essayer de comprendre le sort de son mari, Lena accepte de s’embarquer dans une expédition constituée de cinq femmes et menée par le docteur Ventress (Jennifer Jason Leigh). Leur mission : s’enfoncer dans une forêt touchée par un étrange phénomène climatique auquel on a donné le nom de « miroitement ». Ce dernier semble brouiller et mélanger les codes génétiques de toutes les espèces vivantes. D’où le surgissement de fleurs hybrides qui poussent toutes sur la même branche, d’un crocodile à dents de requin, d’antilopes diaphanes aux bois démesurés, de plantes en forme d’êtres humains, d’arbres de cristal gigantesques ou encore d’un ours au faciès abominable capable d’imiter la voix humaine. 

Remarquables, les effets visuels donnent corps à des visions surréalistes dignes des couvertures bigarrées des « Amazing Stories » et autres « Astounding Science-Fiction » des années 50. Tout le paradoxe d’Annihilation consiste ainsi à assumer pleinement le caractère pulp de son argument sans pour autant le traiter comme un film de SF traditionnel. On pense tour à tour à Sound of Thunder, The Thing, Prophecy, et certaines scènes poussent assez loin l’horreur visuelle (un ventre découpé pour laisser apparaître des intestins « vivants », un corps déchiqueté et fusionné avec une plante, un visage arraché en gros plan). Pourtant, la mise en scène de Garland reste distante et cultive un rythme lent, contemplatif, presque dépressif. La mutation étant au cœur de l’intrigue, elle contamine même l’atmosphère du film, qui devient quasiment « mutante » elle aussi. 

Entre les lignes, cette odyssée fantastique pourrait tout aussi bien raconter la métamorphose inhérente à tout voyage intérieur (celui qui commence un parcours initiatique n’est pas le même que celui qui l’achève) mais aussi la propension à l’autodestruction de tout être vivant (chaque protagoniste du film est un être brisé qui semble devoir se détruire pour mieux se reconstruire). On peut regretter cette posture un peu systématique qui consiste à faire « bouder » tous les acteurs (Jennifer Jason Leigh en tête) et ce climax abusant des effets numériques au risque d’anéantir la suspension d’incrédulité du spectateur. Mais Annihilation demeure une proposition de science-fiction originale et fascinante, le type d’initiative qu’on aurait tendance à encourager envers et contre tout.

© Gilles Penso
Thema: MUTATIONS

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Laissez votre commentaire ici