vendredi 16 mars 2018

1998 - CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR

The Avengers

de Jeremiah Chechnik (USA)
avec Ralph Fiennes, Uma Thurman, Sean Connery, Jim Boradbent, Fiona Shaw, Eddie Izzard, Patrick Macnee

Drôle d’idée de vouloir transformer en long-métrage hollywoodien la série la plus bristish, la plus sixties et la plus désinvolte qui soit. A l’annonce de ce projet contre-nature, les fans de John Steed et Emma Peel ont évidemment sauté au plafond. « Nous nous sommes efforcés de respecter au mieux l’esprit de la série tout en la modernisant, en tenant compte notamment de la gadgétisation du genre amenée par les James Bond », nous expliquait d’un air rassurant le producteur Jerry Weintraub, alors que le film était en plein tournage (1). 

Et de fait, certains choix effectués par la production surprennent à priori par leur justesse. Là où on aurait craint un Mel Gibson et une Nicole Kidman (qui furent tous deux envisagés pendant les étapes préparatoires), le film nous propose les excellents Ralph Fiennes et Uma Thurman, nous gratifient de Sean Connery en méchant mégalomane, et proposent même à Patrick Macnee de prêter sa voix à un espion invisible ! Les rues désertes de Londres, les boutiques improbables, les cabines téléphoniques isolées, la rase campagne anglaise et la vieille voiture flambant neuve sont aussi de la partie. « La série Chapeau Melon et Bottes de Cuir a eu une considérable influence sur notre vision du look des années 60, que ce soit du point de vue des décors, des costumes, de la musique ou du design d’une manière plus générale », explique le chef décorateur Stuart Craig. Nous nous en sommes donc largement inspirés. » (2) 

Mais tout ceci n’est que cosmétique et l’alchimie étrange entre comédie, espionnage et science-fiction de la série de Brian Clemens s’est ici évaporée au profit d’un patchwork hybride sans identité ni cohérence. La mise en scène de Jeremiah Chechnik, déjà coupable d’un triste remake des Diaboliques, est parfaitement anonyme, la partition de Joel McNeely lorgne du côté de 007 façon David Arnold, le scénario semble avoir été réécrit trente fois par une armée d’auteurs dépassés par les événements, et notre malheureux trio d’acteurs fait ce qu’il peut pour tirer son épingle du jeu… en vain, hélas ! Jouant la carte de la préquelle, le film prend le parti de nous narrer la première rencontre entre l’agent britannique John Steed et la belle scientifique Emma Peel. Sous l’autorité de « Maman », tous deux enquêtent sur les activités de Sir August de Wynter, un dangereux mégalomane qui a découvert le moyen de contrôler les phénomènes météorologiques. 

Suite à des projections test catastrophiques, les deux heures et demi du films furent ramenées à la durée de 90 minutes. Il y a certes quelques morceaux de bravoure dans le film, comme l’attaque des guêpes robots ou le combat final au milieu des éléments déchaînés. Mais ce ne sont que des réussites techniques, sans aucun autre intérêt que leur audace visuelle. Ah ! Dommage que le film n’ait pas regorgé d’idées aussi bonnes que cette réunion d’hommes d’affaires déguisés en ours en peluche géants pour préserver leur anonymat ! Bref, la mayonnaise ne prend quasiment jamais, les dialogues tombent à plat, et ce Chapeau Melon et Bottes de Cuir version 1998 prouve bien que certains joyaux télévisuels ne gagnent rien à s’extraire du petit écran qui les sertit si bien.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en octobre 1998
(2) Propos recueillis par votre serviteur en décembre 2005

© Gilles Penso

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