jeudi 8 mars 2018

1968 - BATAILLE AU-DELÀ DES ÉTOILES

Gamma Sango Uchu Daisakusen / The Green Slime
de Kinji Fukasaku (Japon)
avec Richard Jaeckel, Robert Horton, Luciana Paluzzi, Bud Widom, Ted Gunther, David Yorston, Robert Dunham, Gary Randolf

Production japonaise aux allures de film hollywoodien (l’intégralité du casting est occidentale), Bataille Au-Delà des Etoiles est un pur produit des sixties, qui n’hésite pas à accumuler les décors multicolores, les minijupes affriolantes, les choucroutes permanentées et une chanson de générique improbable, où un groupe de pop scande joyeusement « Green Slime » aux accents d’une guitare woua-woua. Et pourtant, le scénario ne prête guère à la détente, car tout s’amorce comme un film catastrophe pur et dur, annonçant Deep Impact et Armageddon avec presque trente ans d’avance. Nous sommes dans le futur, et une énorme comète affectueusement prénommée Flora menace de détruire la Terre. En désespoir de cause, on envoie donc une équipe d’astronautes en mission spéciale, dirigée par le charismatique commandant Jack Rankin (Robert Horton, un vieux routier de la télévision américaine). 

Leur objectif : se poser sur la comète, y forer un trou assez profond pour la bourrer d’explosifs nucléaires, puis prendre la poudre d’escampette avant la monstrueuse déflagration. Et le tout en moins de dix heures. L’opération réussit à merveille, et les membres de l’équipage rentrent sains et saufs sur la base Gamma 3, sans se rendre compte qu’ils ont emporté avec eux un échantillon de substance extra-terrestre verdâtre et informe, qui se met à croître petit à petit dans les coursives de la station. Bientôt, ce blob peut ragoûtant prend la forme d’une espèce d’amibe tentaculaire et se multiplie de manière inquiétante. La panique s’empare bien vite de la station, incapable de contenir cette menace croissante qui occis quiconque se trouve sur son chemin et semble se nourrir d’énergie électrique. L’intrigue se complique encore lorsque viennent sur le tapis des luttes de pouvoir et des rivalités amoureuses entre les principaux protagonistes.

Ignorant superbement le réalisme quasi-clinique du révolutionnaire 2001 l'Odysée de l'Espace sorti sur les écrans un an plus tôt, cette Bataille au-delà des Etoiles joue à fond la carte de la science-fiction colorée et fantaisiste qui fleurissait alors sur les petits écrans, à mi-chemin entre Star Trek et Les Sentinelles de l'Air. Les maquettes de vaisseaux spatiaux et de bâtiments futuristes, au charme indiscutable, semblent tout droit sorties du magasin de jouets du coin, et les monstres ont des allures grotesques de nains engoncés dans des costumes en caoutchouc, à l’œil de cyclope et aux tentacules s’agitant mollement. 


A vrai dire, il eut été préférable que ces aliens conservent leur aspect initial de blobs gluants, car au stade final de leur mutation ils prêtent fatalement au rire. Et pourtant, le film se suit avec beaucoup d’entrain, grâce à un extraordinaire sens du rythme, à une mise en scène des plus alertes et à un casting solide. Amateur de messages politiques sous-jacents, comme allait le prouver son film-testament Battle Royale quelque trente ans plus tard, le réalisateur Kenji Fukasaku affirmait envisager Bataille Au-Delà des Etoiles comme une métaphore de la guerre du Viêt-Nam. Pourquoi pas ? Mais bien malin sera celui qui pourra déceler une quelconque satire sociale derrière ce film de monstres bariolé et naïf.

© Gilles Penso



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Laissez votre commentaire ici