1940 - LE RETOUR DE L'HOMME INVISIBLE

(The Invisible Man Returns)
de Joe May (Etats-Unis)
Avec Vincent Price, John Sutton, Sir Cedric Hardwicke, Nan Grey, Cecil Kellaway, Alan Napier, Forrester Harvey

C’est à Curt Siodmak, scénariste jamais à cours d’idées en matière de science-fiction, que nous devons l’écriture de cette séquelle du chef d’œuvre de James Whale. Jack Griffin étant bel et bien mort à la fin de L’Homme Invisible sept ans plus tôt, il n’était guère envisageable de le ressusciter à la manière de Dracula ou du Monstre de Frankenstein. C’est donc son frère Frank qui prend ici le relais, poursuivant les recherches de feu Jack. Interprété par John Sutton, ce scientifique bien intentionné applique son sérum à Geoffrey Radcliffe, un homme accusé d’un meurtre dont il est innocent. 

L’invisibilité lui permet d’échapper à la pendaison in extremis. Désormais en cavale, il doit retrouver et confondre le véritable coupable, au nez et à la barbe de Sampson (Cecil Kellaway), un inspecteur opiniâtre de Scotland Yard qui cherche à lui mettre la main dessus pour lui faire reprendre illico le chemin du gibet. Le tout à l’aide des effets spéciaux toujours aussi étonnants de John P. Fulton, qui permettent aux bandelettes de révéler un visage transparent, aux verres de se vider seuls ou aux cordes de s’animer pour ligoter les individus gênants (grâce à l’animation image par image). Si les séquences de déshabillage, pour remarquables qu’elles demeurent, ont perdu leur caractère inédit, et si certains effets souffrent d’indéniables maladresses (les lignes de cache qui tremblotent, les fils qui soutiennent un pistolet), le film offre à ses spectateurs de nouvelles idées visuelles surprenantes, notamment lorsque Griffin tente de rendre sa visibilité à un de ses cobayes. D’abord transparent, l’animal apparaît progressivement sous la forme d’un squelette, puis dans son intégralité, avant de périr suite à un mauvais dosage des ingrédients du sérum. 

Ainsi, tandis que l’homme invisible mène l’enquête, le savant s’efforce de trouver un remède miracle qui permet non seulement de redevenir visible mais aussi d’éviter les accès de folie inhérents à l’invisibilité. A ce double « time lock » se greffe une intrigue amoureuse, dans la mesure où Helen (Nan Gray), la jolie fiancée de Geoffrey, est courtisée par le businessman Richard Cobb (Cedric Hardwicke). Vincent Price en personne, alors tout débutant, a l’honneur de remplacer Claude Rains dans le rôle de ce second homme invisible qui bascule de l’euphorie vers la démence, au cours d’une scène de dîner mémorable où le comédien fait déjà montre de son immense talent, avec comme seuls supports sa voix et sa gestuelle. 

Sans jamais atteindre  le génie du premier Homme Invisible, cette séquelle regorge cependant de moments forts, comme l’affrontement final au milieu des chariots d’une mine, la vision surréaliste d’un épouvantail dépouillé de ses habits par notre protagoniste frileux, ou l’ultime apparition du visage de Vincent Price, annonciatrice de L’Homme Sans Ombre, où un lacis de veine surgit du néant, se recouvrant peu à peu d’os, de tissus musculaires et enfin de chair. Le succès du Retour de l’Homme Invisible sera suffisamment conséquent pour qu’Universal poursuive la franchise, abandonnant peu à peu tous les aspects dramatiques du concept d’H.G. Wells pour en conserver principalement le potentiel distrayant et récréatif.

© Gilles Penso
Thema: Hommes Invisibles