GERARDMER 2016 : DERNIER JOUR et PALMARES

Dernier film projeté en compétition, What We Become, du Danois Bo Mikkelsen, nous a laissé une impression pour le moins mitigée. Si l'entrée en matière laisse planer quelques espoirs, avec sa mise en scène naturaliste et le portrait crédible d'une famille de la middle-class danoise, les choses se gâtent lorsque le film révèle sa vraie nature : une banale histoire de zombies/infectés. Tous les lieux communs, tous les passages obligatoires, toutes les figures imposées depuis La Nuit des Morts-Vivants (y compris les héros qui s'enferment dans la maison et la petite fille qui occis ses parents) nous sont assénés les uns après les autres. Il s'avère difficile d'apprécier pleinement un film qu'on a l'impression d'avoir déjà vu mille fois.


Le temps du palmarès est alors arrivé, révélant son lot de surprises. Mais sans doute fallait-il s'y attendre, dans la mesure où la plupart des membres du jury (notamment son président Claude Lelouch) sont novices en matière de cinéma fantastique. Voici donc les résultats :

Prix du meilleur coutr-métrage : Quenottes de Pascal Thiébaux et Gil Pinheiro


Prix du jury jeune : Southbound de Radio Silence, Roxanne Benjamin, David Bruckner et Patrick Horvath


Prix du jury Sy-Fy : The Witch de Robert Eggers


Prix du public : The Devil's Candy de Sean Byrne


Prix de la critique : Evolution de Lucile Hadzihalilovic


Prix de la musique : The Devil's Candy (musique de Michael Yezerski)


Prix du jury ex-aequo : Evolution de Lucile Hadzihalilovic et Jeruzalem de Doron et Yoav Paz


Grand prix : Bone Tomahawk de S. Craig Zahler


Les six premiers prix décernés participent d'une certaine logique, même si beaucoup avaient pour favori le désopilant L'Ours Noir dans la catégorie court-métrage. Du côté des longs, le très récréatif Southbound est parfaitement calibré pour le public ado, le magnifique The Witch avait toutes les qualités requises pour le prix Sy-Fy, le très sympathique The Devil's Candy a su divertir le public grâce à son énergie et sa musicalité (et sa bande originale méritait également un prix, d'autant qu'elle joue un rôle clef dans la narration du film), le quasi-expérimental Evolution ne pouvait que séduire la critique. 

Mais pour le prix du jury, on se perd en conjectures. Evolution est certes une initiative louable et courageuse, mais fallait-il le placer en haut de la liste des dix compétiteurs ? Quant à Jeruzalem, ce n'est qu'un gimmick mal dégrossi dont on comprend mal la place en pole position. Ce classement ex-aequo semble vouloir primer deux films situés aux antipodes, l'un très artistique et plutôt hermétique, l'autre purement récréatif et destiné au public le plus large (d'autant que notre cher jury, sans doute peu familier avec l'exercice du "found footage", y a peut-être vu une nouveauté et non la redite que les fantasticophiles aguerris ont immédiatement décelée).

Quant au grand prix, il nous laisse franchement perplexe. Le western interminable de S. Craig Zahler, certes pétri de qualités, n'en est pas moins bourré de défauts, de maladresses et d'incohérences… Beaucoup d'entre nous auraient préféré voir le superbe The Witch trôner en tête du classement. Sans parler de l'audacieux Frankenstein de Bernard Rose qui demeure le grand oublié du palmarès.

Et voila, fin de cette belle édition Gérardmer 2016. Fermons la porte du festival avec cette photo souvenir de Lucile, deux fois primée, en compagnie d'Elsa Zylberstein, membre du jury. A l'année prochaine !