GERARDMER 2016 : JOUR 4

Cette quatrième journée du Festival du Film Fantastique de Gerardmer commence par une discussion passionnante avec Richard Stanley, réalisateur de deux œuvres cultes du genre, Hardware et Le Souffle du Démon, et "héros" du documentaire Lost Soul qui raconte ses déboires sur le tournage catastrophique de L'île du Docteur Moreau.


Un autre documentaire, français celui-là, nous est proposé sous le titre prometteur de La Rage du Démon. Son réalisateur, Fabien Delage, y évoque un film d'horreur obscur de la fin du 19ème siècle, attribué à Georges Méliès, qui aurait provoqué des hystéries collectives et qui semble avoir disparu. Bien sûr, tout est inventé de toutes pièces, mais le film prend le parti de conserver un imperturbable premier degré, là où il aurait sans doute été plus intéressant de solliciter la complicité d'un spectateur pas dupe, à la manière de Forgotten Silver qui demeure la référence du genre. Le parti pris demeure audacieux et quelques cinéastes comme Christophe Gans ou Alexandre Aja nous offrent au passage de passionnantes réflexions sur la capacité du cinéma à ouvrir les portes d'autres dimensions.


Place aux monstres avec Howl de Paul Hyett, présenté en compétition. Un film de loups-garous à l'ancienne, avec des créatures animatroniques et une triple unité de lieu, de temps et d'action, voilà qui s'avérait prometteur. L'exposition du film, calquée sur celle des films catastrophes classiques, laisse encore planer les espoirs. Mais bien vite, Howl fixe ses limites : des personnages pétris de clichés, des dialogues absurdes, des situations grotesques et des loups-garous au design particulièrement mal fichu, quelque part à mi-chemin entre les Uruk-Haï du Seigneur des Anneaux et la grosse bête de Rawhead Rex


Côté français, la compétition nous offre Evolution de Lucile Hadzihalilovic. Adepte d'un fantastique austère et subtil, la réalisatrice nous perd un peu dans ce film délibérément hermétique situé dans un village côtier peuplé uniquement de femmes adultes et de jeunes garçons enfants. L'élément aquatique demeure omniprésent dans ce film au rythme lent, tout comme d'étranges mutations semblant vouloir fusionner l'anatomie humaine et celle de créatures marines. L'ombre de Lovecraft plane donc sur cette œuvre, mais sa difficulté d'accès finit par provoquer un phénomène de rejet qui joue sérieusement en sa défaveur.


Nous terminons la soirée avec Jeruzalem, en compétition lui aussi, venu tout droit d'Israël et co-réalisé par les frères Doron et Yoav Paz. Le film nous raconte en caméra subjective l'ouverture d'une porte de l'Enfer en plein Jérusalem, le jour de Yom Kippour (le Grand Pardon). Le film semble vouloir esquisser une réflexion liée à l'émergence du mal sur une terre en perpétuel conflit, mais bien vite Jeruzalem vire au film-gadget empruntant le terrain mille fois balisé du "found footage" et nous resservant des situations déjà vues dans [Rec] et Cloverfield. Le phénomène de déjà vu prend donc le pas sur une intrigue qui collecte par ailleurs les incohérences à répétition.


Allez, à demain pour la dernière journée de ce festival endiablé…