GERARDMER 2016 : JOUR 3

Avec cette troisième journée au sein du Festival du Film Fantastique de Gérardmer, le rythme des projections s'accélère. Excellente surprise, The Witch de Robert Eggers (en compétition) aborde la sorcellerie sous un angle extrêmement naturaliste, s'affirmant dès le générique comme "un conte folklorique de la Nouvelle Angleterre". Minutieux dans sa reconstitution historique, élégant dans sa mise en image (certains plans ressemblent à des tableaux de Rembrandt), pointilleux dans sa direction d'acteurs, le cinéaste ne se laisse influencer par aucun film, mais plutôt par des œuvres picturales, musicales et littéraires. Il nous offre surtout une vision très critique de la bigoterie religieuse, vécue ici comme une maladie qui gangrène et détruit peu à peu une cellule familiale. Le surnaturel s'invite lentement mais sûrement, jusqu'à un final beau, triste et effrayant. 


Hors compétition, le documentaire Lost Soul de David Gregory nous raconte en détails l'envers du décor d'un film maudit : L'île du Docteur Moreau, commencé par Richard Stanley puis achevé par John Frankenheimer. Aucune langue de bois dans ce constat terriblement désenchanté d'un système hollywoodien malade prêt à laisser s'épanouir la folie douce de Marlon Brando, la mégalomanie hargneuse de Val Kilmer, tous les excès possibles et imaginables muant progressivement un formidable projet de long-métrage subversif en cauchemar logistique et en désastre artistique. Remarquable, ce documentaire d'utilité publique devrait sortir dans nos salles fin avril-début mai.


On enchaîne avec The Devil's Candy de Sean Byrne, qui nous avait déjà offert une belle surprise à Gérardmer, quelques années auparavant, avec The Loved Ones. Son dernier né est également du meilleur cru. Stylisé, rythmé, nimbé d'un discret parfum "années 80" dans son approche du boogeyman et de ses exactions, ce récit de possession diabolique sur fond de musique metal et de peinture macabre se déguste avec délectation et s'achève sur une séquence de suspense pour le moins éprouvante.


February de Osgood Perkins, en compétition lui aussi, décline à son tour le thème de la possession diabolique, mais cette fois ci le charme n'opère pas vraiment. Maniéré, austère, monotone, cet exercice de style un peu prétentieux ne convainc guère, pas plus que sa narration déstructurée qui semble mettre à mal la chronologie pour mieux camoufler la vacuité de son récit.


Dernier film en compétition de la soirée, Southbound est une œuvre collective co-réalisée par sept cinéastes. Le principe, particulièrement récréatif, est celui d'un film à sketches dont chaque segment s'enchaîne avec fluidité, délaissant les personnages d'une histoire pour s'attacher soudain à ceux de la suivante. Une route isolée, une station service, un motel, une maison de campagne, un hôpital, un bar sont les principaux lieux de cette anthologie où l'horreur surgit sans totalement se prendre au sérieux. Le film reste indéniablement distrayant, mais ses histoires manquent de chutes dignes de ce nom et le surnaturel lui-même semble traité par-dessus la jambe, comme si l'appartenance du métrage au genre fantastique autorisait toutes les bizarreries sans avoir à les justifier.


Le Festival continue demain. A suivre…