GERARDMER 2016 : Jour 1

Mercredi 27 janvier 2016, midi, le train quitte la Gare de l'Est pour nous emmener vers les Vosges. A l'intérieur, surprise, nous voilà aux côtés de Bernard Rose, le réalisateur du légendaire et cultissime Candyman, venu présenter son dernier film, une relecture moderne du mythe de Frankenstein.


Arrivée à Gérardmer en début d'après-midi. La petite ville vosgienne, généralement couverte de neige à cette période de l'année, n'a pas la même figure que d'habitude. Que voulez-vous, c'est le réchauffement climatique, ma brave dame.


Mais qu'importe la météo, nous sommes ici pour voir des films. Direction le cinéma Espace Lac pour assister à la cérémonie d'ouverture de ce 23ème festival du film fantastique, en présence d'un jury présidé par Claude Lelouch, plus connu pour ses romances chabadabada que pour son amour du fantastique mais bon…


Place au premier film de la compétition, le fameux Frankenstein de Bernard Rose. Et là, c'est le choc. Sous ses allures de drame urbain et poisseux naviguant dans les bas-fonds de Los Angeles, le cinéaste nous propose l'une des adaptations les plus fidèles jamais filmées (dans le fond, pas dans la forme) du roman de Mary Shelley. Oubliés les bouts de cadavres recousus chers aux classiques d'Universal, la créature est ici 100% artificielle, et d'une beauté angélique. C'est un bébé dans un corps de jeune adulte, bercé par ses créateurs en blouse blanche. Mais sa peau révèle bien vite une dégénérescence cellulaire qui pousse les savants à l'euthanasie. Seuls problèmes : cette création a désormais une conscience, et s'avère quasiment indestructible. Portée par le jeu hallucinant de Xavier Samuel (affublé d'un maquillage digne de ceux de Jeff Goldblum dans La Mouche) et de ceux qui lui donnent la réplique (Carrie-Anne Moss et Tony Todd en tête), cette fable amère convoque la responsabilité morale de celui qui joue à être Dieu et narre sans concessions (avec plusieurs pics de violence extrêmement gore) le basculement de l'innocence immaculée vers la monstruosité destructrice. Touchant, repoussant, surprenant, déstabilisant, le Frankenstein de Bernard Rose est un choc. C'est déjà l'un de nos favoris. Il en reste encore neuf à voir dans la compétition !


Comme chaque soirée finit souvent en musique à Gérardmer, mon comparse Alexandre Poncet (venu présenter avec moi hors-compétition le documentaire Le Complexe de Frankenstein) se met au piano pour interpréter la bande originale de Candyman sous les yeux (et les oreilles) d'un Bernard Rose ravi…


A suivre…