1991 - TRULY, MADLY, DEEPLY

de Anthony Minghella (Grande-Bretagne)
Avec Juliet Stevenson, Alan Rickman, Michael Maloney, Bill Paterson, Christopher Rozycki, Stella Maris, David Ryall

Pour son premier long-métrage, Anthony Minghella (futur réalisateur du Patient Anglais et de Cold Mountain) semble avoir voulu répondre à Always et Ghost en racontant une histoire s’appuyant sur les mêmes prémisses. Mais si le point de départ semble en tout point similaires, le traitement diffère, puisque le cinéaste a décidé de l’aborder sous le jour le plus crédible et le plus minimaliste possible, loin de la romance épique de Steven Spielberg ou de l’histoire d’amour manichéenne de Jerry Zucker. 

L’héroïne de Truly Madly Deeply, Nina, ne s’est pas remise de la mort de Jamie, l’amour de sa vie. Elle erre donc sans enthousiasme dans son appartement en décrépitude, envahi par les rats et les ouvriers, et mène avec monotonie ses activités de traductrice. Un soir, alors qu’elle s’abandonne à son désespoir en laissant vagabonder ses doigts sur le clavier de son piano à queue, un violoncelle se met soudain à l’accompagner… C’est Jamie, revenu d’entre les morts pour lui rendre visite (ce duo musical fusionnant l’univers des vivants et des défunts est de toute évidence l’idée la plus belle et la plus poétique du film). Passée la surprise, le jeune couple retrouve ses marques et tente un semblant de vie commune, comme autrefois. Mais peu à peu, Nina comprend que la vie avec un fantôme n’est pas décemment possible, d’autant que Jamie ramène avec lui des amis immatériels qui envahissent peu à peu l’appartement. 

Contrairement aux très hollywoodiens Patrick Swayze et Demi Moore de Ghost, pas réalistes pour un sou, Minghella a tenu à construire des personnages résolument humains. Cette approche est des plus louables, et les peines de cœur de Nina n’en sont que plus touchantes. Mais à force d’évacuer systématiquement tout glamour, le film finit par s’enferrer dans une inévitable austérité, jusqu’à susciter l’ennui et la morosité. D’autant que Juliet Stevenson ne dégage pas beaucoup de charme dans le rôle de Nina. Au fil du récit, son personnage connaît une série d’états psychologiques contraires : la tristesse successive à la perte de l’être cher, la surprise de son retour, le bonheur d’une nouvelle vie à deux, le désenchantement progressif face à la nature irréelle de cette seconde chance, l’espoir devant l’amour possible d’un nouvel homme en chair et en os… 

Hélas, cette progression comportementale est traitée avec une légèreté assez déstabilisante, comme si le réalisateur tournait à l’aveuglette et laissait improviser ses comédiens. La comédienne elle-même (qui joue ici un rôle écrit sur mesure) semble ne pas savoir clairement comment appréhender son personnage. « Mon expérience personnelle m’a appris que le deuil n’est pas quelque chose de glamour », dira-t-elle plus tard à propos du film. En fin de compte, Truly Madly Deeply vaut surtout pour la présence d’Alan Rickman, à mille lieues des méchants archétypiques de Piège de Cristal et Robin des Bois. Sensible, drôle, terriblement humain, son personnage de revenant fascine, et cette prestation irrésistible (« vraie, folle et profonde », comme le suggère le titre) est un véritable enchantement, même si elle ne suffit pas à combler les trop nombreux vides du scénario de Minghella.

© Gilles Penso
Thema: Fantômes