2011 - MONKEYBONE




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d’Henry Selick (USA)
Avec Brendan Fraser, Bridget Fonda, Chris Kattan, Giancarlo Esposito, John Turturro, Whoopi Goldberg, Rose McGowan

Sous la tutelle de Tim Burton, Henry Selick avait réalisé deux longs-métrages d’animation mémorables : l’extraordinaire Etrange Noël de Monsieur Jack et le fort sympathique James et la Pêche Géante. Il était temps, pour le talentueux cinéaste, de voler de ses propres ailes. Renouant avec son goût pour la fantaisie débridée, les univers  ultra-graphiques et les effets spéciaux à l’ancienne, Selick se lança ainsi dans Monkeybone, d’après une bande dessinée de Kaja Blackley, et passa cinq longues années à financer ce projet fou. Rendu célèbre par ses prestations dans George de la Jungle et La Momie, Brendan Fraser incarne ici Stu Miley, un créateur de dessins animés dont le personnage de Monkeybone, un singe facétieux et survolté, remporte un immense succès. Malgré les royalties, les paillettes et les produits dérivés, il n’a d’yeux que pour sa petite amie Julie McElroy (Bridget Fonda) qu’il projette de demander en mariage. 

Or un accident de voiture stupide le plonge soudain dans le coma. Julie, qui fut autrefois son médecin lorsqu’il souffrait de graves troubles du sommeil, va tout mettre en œuvre pour le réveiller. Pendant ce temps, Stu erre dans une cité onirique, Downtown, peuplée de créatures étranges et excentriques, parmi lesquelles figure Monkeybone lui-même, plus déchaîné que jamais. Dans cet univers alimenté par l’énergie des cauchemars, Henry Selick s’en donne à cœur joie, peuplant ses décors multicolores de monstres tous plus originaux les uns que les autres (cyclopes, méduses, guêpes géantes, démons tricéphales, crustacés à têtes humaines, yétis, serpents, éléphants pianistes), tout en mixant toutes les techniques de trucages possibles et imaginables : acteurs costumés, marionnettes, animatroniques, compositings numériques, et surtout animation image par image. Par cette bonne vieille technique qui fut le moteur créatif de ses deux précédents longs-métrages, le réalisateur donne vie au fameux Monkeybone, à qui John Turturo prête sa voix.

D’autres guest stars se bousculent dans Downtown, la moindre n’étant pas Whoopi Goldberg dans le rôle de la Mort. Stephen King lui-même aurait dû faire une petite apparition dans son propre rôle, mais son planning l’en empêcha. C’est donc un sosie, Jon Bruno, qui prend sa place. Le scénario de Monkeybone, bien plus « familial » que la sombre BD dont il s’inspire, entretient de nombreux points communs avec Cool World de Ralph Bakshi, d’autant qu’ici aussi la créature imaginée par le dessinateur s’échappe de son univers pour s’immiscer dans le nôtre et y semer une belle pagaïe. S’il excelle dans les scènes fantasmagoriques, Selick prouve aussi ses capacités de directeur d’acteur et ses dons pour la comédie, notamment dans cette séquence démente où Stu se réincarne dans le cadavre d’un gymnaste désarticulé interprété par l’étonnant Chris Kattan, transfuge du Saturday Night Live. Monkeybone est donc un excellent divertissement, bourré d’idées folles et de scènes surprenantes, qui passa pourtant inaperçu au moment de sa sortie, remboursant difficilement son budget de 75 millions de dollars, et n’eut droit qu’à une discrète distribution vidéo en nos contrées.

© Gilles Penso
Thema : Mondes parallèles, Mort