La musique de JAMES BOND CONTRE DOCTEUR NO

 
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La première adaptation à l’écran d’une aventure de l’agent 007 est une version de 50 minutes de Casino Royale diffusée sur la chaine américaine CBS, avec Barry Nelson dans le rôle d’un James Bond américanisé et Peter Lorre dans celui du maléfique Le Chiffre. Troisième épisode d’une collection baptisée Climax, ce téléfilm ne laisse que peu de place à la musique, à l’exception d’une série de ponctuations dramatiques soulignant les fins de séquences et les passages d’un chapitre à l’autre. Notons tout de même que ces petites virgules orchestrales sont l’œuvre de Jerry Goldsmith, alors à l’aube de sa carrière. Bien sûr, Bond est alors loin d’avoir trouvé son identité musicale. Mais au début des années 60, tout s’apprête à changer. Lorsque les producteurs Albert « Cubby » Broccoli et Harry Saltzman lancent James Bond contre Docteur No, ils pensent aussitôt au compositeur Monty Norman.



La majorité de l’action se situant en Jamaïque, ils comptent sur cet artiste spécialisé dans la comédie musicale (qui vient de triompher avec Irma la Douce) pour concocter une bande originale imprégnée de la culture antillaise. Norman rejoint donc l’équipe en Jamaïque et sollicite plusieurs musiciens locaux pour orchestrer les chansons qu’il compose, notamment la ballade « Under the Mango Tree ». Celle-ci sera interprétée dans le film par Diana Coupland, l'épouse de Monty Norman, Ursula Andress se contentant donc de la chanter en play back. En revanche, c'est bien la voix de Sean Connery qu'on entend reprendre la chanson.


Mais il manque au film un thème d’action définissant la personnalité de son héros. Norman décide alors de recycler les accords d’une chanson prévue pour une comédie musicale inachevée. La chanson s’appelle « Bad Sign Good Sign » et possède déjà la ligne mélodique du « James Bond Theme » tel que nous le connaissons. Or la démo que Norman joue au piano, au bongo et à la guitare électrique ne convainc ni le réalisateur, ni le monteur, ni les producteurs. Sans doute faut-il solliciter un orchestrateur. C’est alors que quelqu’un cite le nom de John Barry, connu pour les succès jazz-rock de son groupe « The John Barry Seven ».



 « Les producteurs étaient mécontents de ce qu’ils avaient entre les mains », raconte-t-il au début des années 2000. « Ils voulaient quelque chose de plus rapide. Je n’avais pas vu le film, ni même lu les livres d’Ian Fleming. En revanche, je connaissais la BD de James Bond publiée dans le journal Daily Mail. Tout ce que je savais, c’est que je disposais de deux minutes vingt et qu’ils voulaient quelque chose de contemporain. » L’apport de John Barry s’avère crucial. Transfigurée par la guitare électrique de Vic Flick, le tempo de la basse électrique, les violons menaçants, les contrepoints au violoncelle, les attaques des trompettes et celles des trombones, la petite mélodie légère de Monty Norman devient officiellement le « James Bond Theme ». (Ci-dessous : la "James Bond guitar" de Vic Flick)


« John a fait l’orchestration définitive du James Bond Theme » reconnaîtra Monty Norman. Le monteur Peter Hunt, futur réalisateur de Au Service Secret de Sa Majesté, aima tellement ce morceau qu'il ne put s'empêcher de le placer un peu partout dans le film, au grand dam de John Barry qui était persuadé n'avoir arrangé ce morceau que pour le générique de début. « J'ai eu vraiment beaucoup de chance d'avoir ce merveilleux James Bond Theme », avoua Hunt. « Chaque fois que Bond était sur le point de faire quelque chose, ou que quelque chose allait lui arriver, j'ai utilisé cette musique. »
 

Mais un doute planera longtemps sur la paternité réelle de ce morceau et Norman, fâché de le voir attribué par la presse à Barry, intentera une action juridique qui s'acheva en 2001 devant la Haute Cour, laquelle reconnaîtra officiellement à chacun sa part de responsabilité : Norman compositeur et Barry arrangeur. Les producteurs, eux, n'attendent pas si longtemps pour déterminer lequel des deux hommes eut le plus d'influence sur le "son" James Bond. Dès le second épisode, Bons Baisers de Russie, John Barry devient le compositeur officiel de la saga.
Gilles Penso