2015 - SPECTRE

 

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de Sam Mendes (GB/USA)
Avec Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux, David Bautista, Ralph Fiennes, Ben Whishaw, Naomie Harris, Monica Bellucci

Le permis de tuer est aussi celui de risquer d’être tué, de frôler la mort à tout instant, de côtoyer sans cesse la Grande Faucheuse. Tel est le destin de James Bond, et tel est l’angle qu’a choisi d’aborder Spectre, dont le titre en dit déjà long, désignant à la fois le gang tentaculaire qui menace le monde et l’agent 007 lui-même. La mort est ici omniprésente, dès le prologue où s’affiche la phrase « les morts sont vivants » et où Bond est habillé en squelette, au sein d'un plan-séquence virtuose qui  s'impose comme l'un des meilleurs prégénériques de toute la saga. La caméra isole notre héros au milieu d'une foule immense de fêtards revêtus des atours de la célèbre fête des morts mexicaine, puis ne le lâche plus jusqu'à ce que notre homme parte accomplir une des missions qui émaillent sont quotidien : donner la mort. 

Prodigieuse, cette entrée en matière cède le pas à un générique troublant où l'érotisme se teinte de noirceur et d'épouvante, d’insidieux tentacules rampant autour des corps dénudés, en des visions surréalistes à mi-chemin entre H.P. Lovecraft et les mangas hentaï. La mort rôde telle une ombre sinistre perchée au-dessus de l'agent 007. C’est d’ailleurs l’imagerie qui orne le poster officiel du film. Derrière Daniel Craig, revêtu d’un smoking blanc (la couleur du deuil dans de nombreuses traditions), se dresse un squelette grimaçant et immense qui n’est autre qu’une vision macabre de lui-même. Même la chanson du générique abonde dans ce sens, la voix délicate de Sam Smith traduisant la fragilité de l’existence tandis que la puissante charge orchestrale qui l’accompagne semble évoquer la force inéluctable du destin. 

Un message posthume de M marque d’ailleurs le point de départ de l’intrigue. En l’écoutant, James Bond décide de mener une croisade solitaire, guidé par le fantôme de celle qui fut son patron, son amie et sa confidente. Les deux Bond Girls qui croisent sa route (Monica Bellucci et Lea Seydoux) se définissent elles aussi par leur relation avec un défunt, respectivement un époux et un père. Bond finira bien entendu par affronter l’insaisissable maître du crime qui tire toutes les ficelles, au sein d'un ultime duel jouant clairement sur un effet de miroir accentué par la mise en scène de Sam Mendes qui superpose sur le reflet d'une vitre le visage de Daniel Craig et celui de Christoph Waltz, comme si chacun était le spectre de l’autre. Si la mort est décidément partout dans Spectre, le film n’est pas particulièrement morbide. Il s’affirme même comme le plus récréatif et le plus distrayant de toute la période Daniel Craig. 

Les allusions aux Bond précédents abondent, de Bons Baisers de Russie à Opération Tonnerre en passant par James Bond contre Docteur No, On ne vit que Deux Fois et Vivre et Laisser Mourir, et le gunbarrel d’ouverture est enfin de retour. Certes, l’intrigue perd de sa force au cours du dernier acte du film, d’autant qu’elle se calque un peu trop sur celle de Captain America le Soldat d’Hiver (une organisation criminelle symbolisée par une pieuvre cherche à briser les libertés individuelles de la planète en immisçant secrètement plusieurs de ses membres actifs au sein des services secrets du globe). Mais le spectacle demeure réjouissant d’un bout à l’autre et le final, ouvert vers un nouveau départ, offre à 007 une renaissance paradoxale. L’homme qui tutoie la mort, le « cerf-volant dans la tempête » y retrouve en effet son immortalité.

© Gilles Penso