1954 - CASINO ROYALE

 

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de William H. Brown Jr (Etats-Unis)
Avec Barry Nelson, Peter Lorre, Linda Christian, Michael Pate, Eugene Borden, Jean del Val, Gene Roth, Kurt Katch

En 1954, Ian Fleming a besoin d’argent. Après avoir achevé l’écriture de « Casino Royale », la toute première aventure consacrée à l’agent secret James Bond 007, il n’a aucune idée du potentiel commercial de son œuvre et vend donc les droits d’adaptation du manuscrit au producteur Gregory Ratoff pour 600 dollars. La somme semble évidemment ridicule aujourd’hui, mais à l’époque personne ne sait encore que l’espion britannique va se transformer en poule aux œufs d’or. Ratoff se tourne alors vers la chaine de télévision CBS qui accepte d’intégrer « Casino Royale » dans sa collection Climax ! Le principe de cette série télévisée est de consacrer chacun de ses épisodes à une histoire policière autonome, souvent adaptée d’un roman ou d’une nouvelle. 

Confié au réalisateur William H. Brown Jr, Casino Royale devient donc le troisième épisode de la collection. Le scénario, rédigé par Antony Ellis et Charles Bennett, reprend les grandes lignes du roman tout en le simplifiant à l’extrême pour respecter les contraintes d’un budget limité et d’une durée finale de 50 minutes. L’une des différences majeures entre l’écrit et l’écran et la nationalité du personnage principal. L’agent 007 des services secrets britanniques se transforme ici en espion américain à la solde de la CIA qui préfère au vodka martini un bon vieux whisky et répond – Ô sacrilège – au surnom de « Jimmy Bond » ! Barry Nelson lui prête ses traits avenants et un peu rondouillards, composant un Bond affable aux allures de cowboy en smoking à mille lieues du flegme « so british » de Sean Connery. 

Curieusement, son allié américain Felix Leiter a été ici rebaptisé Clarence Leiter et s’est transformé en agent anglais. Allez comprendre ! Quant à la Bond Girl, incarnée par Linda Christian, elle ne se nomme plus Vesper Lynd comme dans le roman mais Valerie Mathis. Seul le grand méchant de l’histoire a conservé son nom énigmatique, Le Chiffre, et bénéficie de la présence inquiétante du formidable Peter Lorre. Flanqué de trois gorilles armés jusqu’aux dents – qui répondent aux doux noms de Basil, Zoltan et Zuroff – Le Chiffre affronte Bond au cours d’une partie de baccarat dont l’issue sera la mort violente du perdant. 

Structuré en trois actes distincts, ce téléfilm est entravé par ses moyens modestes qui confinent l’action dans une poignée de décors limités, réduisent le montage à sa plus simple expression et l’exposent à quelques maladresses (l’ombre de la perche du micro et de la caméra apparaissent souvent dans les décors de l’hôtel). Mais son visionnage s’avère savoureux pour les curieux qui souhaitent découvrir la toute première adaptation à l’écran des aventures de James Bond. Les meilleures scènes, sur lesquelles plane l’influence des films d’espionnage d’Alfred Hitchcock, s’appuient sur la prestation de Peter Lorre, dont le regard torve et la voix mielleuse exhalent une menace omniprésente. On note que la musique du film, qui n’intervient que pour souligner le passage d’un chapitre à l’autre sous forme de virgules orchestrales, est l’œuvre d’un Jerry Goldsmith alors en tout début de carrière.

© Gilles Penso