2015 - THE VISIT

de M. Night Shyamalan (Etats-Unis)
avec Olivia de Jonge, Ed Oxenbould, Peter McRobbie, Deanna Dunagan, Kathryn Hahn, Benjamin Kanes

Avec Le Dernier Maître de l’Air et After Earth, deux films sans doute trop ambitieux, trop coûteux et trop incontrôlables, M. Night Shyamalan essuya un double échec financier retentissant. Pour pouvoir redynamiser sa carrière en perte de vitesse et retrouver la fraîcheur de ses premiers tours de manivelle, le réalisateur fit le choix d’un retour à la simplicité, aux petits budgets et aux acteurs inconnus. Ainsi est né The Visit. « Je voulais revenir à une forme d’expression plus libre », nous explique-t-il.  « Mon idée était de simplement libérer mon imagination, d’écrire mon scénario et de laisser les choses venir naturellement, sans contrainte.» (1)

Rebecca et son jeune frère Tyler n’ont jamais connu leurs grands-parents. Arrivés à l’âge de l’adolescence, ils décident enfin de les rencontrer, avec l’accord de leur mère qui a toujours eu des problèmes relationnels avec ses parents. Et pour immortaliser cet événement important dans leur jeune existence, ils emportent une caméra, transformant cette visite familiale en film documentaire dont le scénario s’écrit au fur et à mesure, au fil des journées qu’ils vont passer avec ce couple de gens âgés dont ils ne savent pratiquement rien… Tel est le point de départ de The Visit, qui parvient sans peine à nous intriguer, nous surprendre et nous inquiéter. « Je crois que l’idée vient de cette peur primaire et irréfléchie que les personnes âgées peuvent parfois inspirer », explique Shyamalan. « J’ai essayé de comprendre d’où ce sentiment pouvait bien provenir. A force d’y réfléchir et de travailler dessus, je me suis dit que cette inquiétude venait du reflet qu’ils nous renvoyaient à nous mêmes. Nous sommes effrayés par les gens âgés parce que nous avons nous-mêmes peur de vieillir et de mourir. Tout est parti de là. » (2)
 
Le cinéaste n'a visiblement rien perdu de son savoir-faire dans le domaine de la création d’atmosphères oppressantes et déstabilisantes, exercice compliqué ici par le fait que le cinéaste ne peut s’appuyer sur l’un de ses alliés précieux et fidèles : le compositeur James Newton Howard. Le film adoptant les codes éprouvés du « found footage », aucune musique n’est en effet envisageable, ce qui n’empêche pas un travail particulièrement élaboré en matière de bande son. Car le prétexte du caméscope ne prive pas le réalisateur de ses exigences esthétiques habituelles. La photo est soignée, les cadres extrêmement travaillés, la chorégraphie des comédiens et la composition des plans savamment calculées. A tel point que le procédé du « found footage » finit presque par sembler hors sujet, entravant plus qu’il n’aide le cinéaste dans sa narration. D’autant que le film ne parvient jamais à éviter le piège classique inhérent à ce parti-pris narratif : comme par hasard, la caméra est toujours placée à l’endroit idéal, au moment opportun, et continue à tourner, même dans des circonstances où elle n’est pas logiquement justifiée. 

On en vient à se demander pourquoi The Visit n’a pas été tourné de manière traditionnelle, et la réponse finit par s’imposer sans appel : de toute évidence, les apparats du tournage amateur servent d’écran de fumée pour masquer la vacuité d’un scénario bien peu palpitant. Car au-delà du climat d’angoisse dont Shyamalan parvient à nimber son film, de la justesse remarquable de ses jeunes comédiens, de la somme de détails insolites et inquiétants qui parsèment le récit et d’une intéressante mise en parallèle avec les motifs récurrents des contes de fées (« Hansel et Gretel » en tête), The Visit ne raconte rien de bien passionnant et s’achemine vers un ultime rebondissement qu’on eut aimé plus percutant. Le retour aux sources et à la « pureté » qu’ambitionnait M. Night Shyamalan ne s’est donc pas effectué sans heurts ni maladresses. Dommage qu’autant de talent et de savoir faire n’aient finalement servi qu’à cet exercice de style un peu vain.


(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2015

© Gilles Penso