1980 - DE SI GENTILS PETITS MONSTRES

 

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(The Children)
de Max Kalmanowics (Etats-Unis)
avec Martin Shakar, Gil Rogers, Gale Garnett, Shannon Bolin, Tracy Griswold, Joy Glaccum, Jeptha Evans, Clara Evans

Sobrement titré The Children dans sa langue originale, ce sympathique petit film d’horreur estampillé Troma s’amorce en douceur. Deux ouvriers peu désireux d’effectuer des heures supplémentaires quittent leur lieu de travail, autrement dit une centrale nucléaire dans laquelle une fuite de produits toxiques survient à leur insu. Peu après, un car de ramassage scolaire traverse un grand nuage jaune, et bientôt le véhicule est retrouvé abandonné sur le bas-côté, vide de tous ses occupants. Si le postulat nucléaire évoque d’autres œuvrettes produites par Lloyd Kaufman, notamment Toxic Avenger et Atomic College, nous sommes loin des délires prépubères érotico-gores qui éclabousseront ces deux métrages déjantés. 

En lieu et place de Tromaville, The Children se situe à Ravensback, une bourgade de l’Amérique profonde qui n’aurait pas dépareillé dans un épisode de Shérif fais moi peur. Les protagonistes y sont d’amusantes caricatures, du bodybuilder en slip devant sa piscine à la mère de famille qui bronze les seins nus sans trop se préoccuper de sa progéniture, en passant par le jeune flic un peu niais amoureux d’une pimpante autochtone adepte du mini-short et du vélo… C’est au beau milieu de ces improbables citoyens que le drame va se nouer. Car les cinq enfants du car scolaire sont désormais contaminés, ce que les maquilleurs ont cru bon de symboliser en leur noircissant les ongles. 

Lorsqu’ils retrouvent leurs parents et les serrent dans leurs bras, ces derniers se consument aussitôt dans d’atroces souffrances. D’où des visions surréalistes de cadavres calcinés obtenus via des trucages risibles tant ils sont exagérés, les visages n’étant plus que des bouillies de latex marron ! Insensibles aux balles, nos cinq têtes blondes poursuivent leurs exactions sans état d’âme, et l’assaut final de la maison, au milieu de la nuit, évoque irrésistiblement La Nuit des Morts-Vivants. D’autant que les petits monstres, le teint blafard et la démarche mécanique, se comportent comme des zombies, tandis que les violons du compositeur Harry Manfredini imitent allègrement ceux de Bernard Herrmann dans Psychose, quand ils ne s’inspirent pas carrément de ceux de John Williams dans Les Dents de la Mer

Purement récréatif, The Children laisse à La Mauvaise Graine le soin de s’interroger sur les origines du mal, et au Monstre est vivant ses questionnements sur l’anormalité. Point de débat houleux ici, et encore moins de "politiquement correct", car le sort des enfants dépasse toutes les outrances : les uns sont brûlés au dixième degré, les autres ont les mains tranchées à coup de machette, quand ils ne sont pas carrément coupés en mille morceaux ! Pourtant, ce spectacle absurde et distractif cache peut-être bien son jeu, comme l’évoque cette séquence où une femme enceinte aspire avec complaisance la fumée de sa cigarette puis s’excuse auprès de son ventre. Et si, derrière ses outrances, The Children nous parlait d’une génération en révolte contre des adultes égoïstes et irresponsables ayant transformé leur monde en no man’s land pollué et invivable ? Comme quoi, il faut toujours se méfier : derrière un film Troma peut se cacher un message transgressif inattendu.

© Gilles Penso
Thema: ENFANTS