2015 - LES QUATRE FANTASTIQUES

(Fantastic Four)
de Josh Trank (Etats-Unis)
avec Miles Teller, Kate Mara, Michael B. Jordan, Jamie Bell, Toby Kebbell, Reg E. Cathey, Tim Blake Nelson

Contrairement à la majorité de leurs collègues en collants emportés par la success story vertigineuse de l’univers cinématique Marvel, les Quatre Fantastiques n’ont jamais eu leur heure de gloire sur grand écran. Après l’adaptation cheap réalisée par Oley Sassone pour Roger Corman et jamais exploitée officiellement, puis les deux superproductions insipides commises par Tim Story, le terrain était encore vierge d’une transposition digne de ce nom. Premiers super-héros nés du cerveau en ébullition de Stan Lee au début des années 60, Reed Richards, Ben Grimm, Johnny et Susan Storm ont pourtant un potentiel énorme, d’un double point de vue émotionnel et dramatique. 

A la fois reflets des préoccupations d’une époque révolue (la guerre froide, les expériences atomiques, la conquête de l’espace) et acteurs d’un renouvellement radical dans le traitement des super-héros traditionnels (il s’agit d’une famille fusionnelle et dysfonctionnelle, en opposition aux figures solitaires et monolithiques imposées jusqu’alors par DC Comics), ils ont posé les jalons de toute la mythologie Marvel. A condition de les moderniser pour les sortir de leur carcan originel (très ancré dans les sixties), ce sont les protagonistes idéaux d’un film de science-fiction novateur. Le choix de Josh Trank à la tête de leur résurrection ressemblait à une bonne nouvelle, le cinéaste ayant su redynamiser le genre avec son étonnant ChronicleMais la joie fut de courte durée, cette troisième version des Quatre Fantastique étant un nouvel échec artistique cuisant et irrévocable. 

Pourtant, les choses s’amorcent bien. Le prologue proche du Explorers de Joe Dante, où deux gamins faisant fi de l’incrédulité des adultes tentent de créer une machine de téléportation, a tout pour plaire. La suite des événements, qui décrit le processus inexorable muant quatre adolescents en monstres aux pouvoirs effrayants, est très prometteur. Mais ce qui aurait dû logiquement n’être qu’un premier acte s’avère être la majeure partie du métrage. Il ne reste alors plus qu’une vingtaine de minutes pour montrer les quatre héros en action, faire surgir un super-vilain aux motivations simplistes (en gros : anéantir la planète), mettre en scène quelques destructions à grande échelle pour sacrifier aux lieux communs du genre, expédier un affrontement final particulièrement mal fichu et noyé de surcroît dans un environnement 100% numérique du plus hideux effet, et esquisser un épilogue béat ouvert vers une séquelle inévitable. 

Ce reboot raté prouve une fois de plus que lorsque les décisionnaires des studios tiennent à tout prix à interférer dans le processus créatif d’un cinéaste, il n’en ressort rien de bon. Les démêlées de Josh Trank avec la Fox avaient fait les choux gras de la presse pendant le tournage du film, et l’on comprend mieux la nature du conflit face à ce résultat hybride et contre-nature, noyant toutes les belles intentions du réalisateur dans un fatras de « passages obligatoires » vains et grotesques. Pour se consoler, on peut toujours se dire que la meilleure adaptation des aventures des Quatre Fantastique existe déjà : ce sont Les Indestructibles de Brad Bird.

© Gilles Penso
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