2014 - TITANIUM

 

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(Vychislitel)
de Dimitri Grachev (Russie)
Avec Evgeniy Mironov, Vinnie Jones, Anna Chipovskaya, Vladas Bagdonas, Nikita Panfilov, Linda Nigmatullina, Irene Muskara

Le quatrième long-métrage du cinéaste russe Dimitriy Grachev nous transporte dans un monde futur totalitaire où la justice semble être devenue une notion très aléatoire redéfinie par un gouvernement tout-puissant. Conformément à un texte de loi plutôt discutable, dix prisonniers sont ainsi exfiltrés de la prison où ils croupissaient pour être condamnés à l’exil dans le désert hostile, tour à tour rocailleux et marécageux, de la planète XT-59. Avec un minimum de vivres et d’armements, ils vont devoir lutter contre la faim, le froid, les inévitables dissensions intestines, mais aussi une série de créatures agressives, à mi-chemin entre l’animal, le végétal et le minéral, qui sévissent sous terre et surgissent régulièrement pour les dévorer. 

Si certains d’entre eux parviennent par miracle à échapper aux lianes électriques qui les saisissent, aux gigantesques « langues de feu » qui ne font qu’une bouchée d’eux, aux hordes de bêtes qui les assaillent telles une marée vivante et grouillante ou aux champignons qui les piègent pour les digérer lentement, les captifs risquent encore de tomber entre les griffes d’anciens détenus revenus à l’état sauvage ou d’agents du gouvernement armés jusqu’aux dents. Autant dire que leur espérance de vie s’amenuise d’heure en heure… Leur seul salut semble être « les îles du bonheur » situées aux confins de ce désert cauchemardesque. Mais ces îles existent-elles vraiment ? 


Formellement, Titanium est impeccable. De très beaux effets visuels permettent de donner corps à la cité du futur et à la faune très étrange hantant la planète XT-59, la direction artistique est de haute tenue (décors, costumes, une photographie soignée privilégiant les nuances de gris) et l’interprétation s’avère très solide, si l’on excepte les cabotinages de Vinnie Jones qui n’hésite pas à en faire des tonnes dans le registre du dur à cuir autoritaire et violent. Mais si la tension inhérente au concept du film s’avère redoutablement efficace, le scénario patine un peu au cours des ultimes péripéties, jusqu’à un dénouement un peu puéril qu’on eut aimé moins bâclé. Plus gênant, Titanium semble exhaler une sorte de machisme lancinant qui finit par irriter. 


Le « héros » Ervin Kann (Evgeniy Mironov), ancien conseiller du président mis en captivité après avoir tenté de révéler un secret d’état, est une figure masculine forte, intelligente, rassurante, tandis que Kristi (Anna Chipovskaya), la jeune femme attachée à lui (au sens propre !) a les allures d’un poids mort à qui il faut tout expliquer, tout apprendre, et qui ne trouvera son salut qu’en obéissant aveuglément au mâle dominant. Et rien n’atténue ce sentiment, pas même la voix off de Kristi qui, au lieu de rééquilibrer les « forces », se contente de commenter et paraphraser l’action avec une naïveté frivole à l’eau de rose (« ah, j’aurais tant voulu qu’un homme me prenne dans ses bras ! ») qui n’aurait pas dépareillé dans un roman de la collection Harlequin. Le bilan reste donc mitigé, mais il faut reconnaître que Titanium reste un spectacle for distrayant, la concision de sa narration et les surprises qu’il réserve aux spectateurs au fil de l’errance de ses protagonistes jouant largement en sa faveur.

© Gilles Penso