2014 - ALLELUIA



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de Fabrice du Welz (France/Belgique)
Avec Lola Dueñas, Laurent Lucas, Helena Noguerra, Stéphane Bissot, Edith le Merdy, Anne-Marie Loop, Philippe Resimont

Alleluia prend ses racines dans le fait divers qui inspira Les Tueurs de la Lune de Miel de Leonard Kastle, mais les deux œuvres sont incomparables – pas plus que ne le sont Massacre à la Tronçonneuse et Psychose, pourtant tous deux influencés par les exactions réelles du tueur Ed Gein – dans la mesure où elles ne racontent pas la même histoire. La réalité sordide qui entoure les méfaits de Martha Beck et Ray Fernandez n’est ici qu’un support, un prétexte pour que Fabrice du Welz nous conte un amour fou au sens premier du terme. Poussée par une de ses amies, Gloria (Lola Dueñas) accepte de faire la connaissance de Michel (Laurent Lucas), contacté via un site de rencontres. Ainsi commence Alleluia, avec légèreté et fraîcheur, sans signe avant-coureur du bain de sang dans lequel s’achèvera le film. 

Michel n’est qu’un petit arnaqueur, un gigolo de province aux ambitions mesquines, mais Gloria ne se comporte pas comme ses victimes habituelles. Elle prend le dessus, et la relation qui s’instaure entre ces deux êtres à la dérive se mue bientôt en passion inconditionnelle, brutale, dévorante et destructrice. Froid et calculateur au début du métrage, le dragueur professionnel se laisse submerger par les accès de démence de Gloria et s’avère totalement incapable de les réfréner. Le veut-il seulement ? Ses protestations sont si faibles qu’il est permis d’en douter. Son corps refuse de lui obéir, ses maux de têtes chroniques surviennent toujours au moment où il lui faut faire des choix difficiles. Il la laisse donc décider et agir à sa place, quitte à se rendre complice de l’irréparable. 

Jusqu’au-boutiste, Alleluia ne cherche jamais à séduire ses spectateurs. Et pourtant, les deux âmes tourmentées qu’il met en scène nous émeuvent et nous attristent, même lorsqu’elles sèment la mort et le malheur autour d’elles. Le dernier acte est à ce titre particulièrement éprouvant. Si l’impact du film est si fort, c’est d’abord parce que ses deux comédiens principaux s’y investissent émotionnellement et physiquement avec beaucoup d’intensité. Laurent Lucas pousse la passivité qui lui est coutumière jusqu’à son paroxysme, tandis que Lola Dueñas s’exprime sur un registre très surprenant, évoluant de la normalité la plus banale vers une folie qui ne prend jamais des atours exubérants ou excessifs. 

A l’avenant, la mise en scène de Fabrice du Welz est charnelle, intime, alternant les caméras portées qui accompagnent les personnages dans leurs moindres gestes (la scène apparemment banale du petit déjeuner) et les surdécoupages stylisées qui évoquent parfois les exercices de style d’Amer (la séquence hypnotique de la boîte de nuit). Et puis parfois, quelques moments de grâce inattendus jaillissent à l’écran, notamment lorsqu’une lumière quasi surnaturelle illumine soudain le visage de Gloria qui se met à chanter, comme dans une comédie musicale, avant d’entreprendre de découper un cadavre… Certes, on peut émettre quelques réserves sur les cérémonies païennes auxquelles se livrent Michel et Gloria, dansant nus autour du feu ou invoquant les entités élémentaires. Mais à ce détail près, Alleluia est une œuvre brute et pure, débarrassée des scories vainement référentielles qui handicapaient parfois Calvaire.

© Gilles Penso
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