2000 - MISSION IMPOSSIBLE 2



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de John Woo (USA/Allemagne)
Avec Tom Cruise, Dougray Scott, Thandie Newton, Ving Rhames, Richard Roxburgh, John Polson, Anthony Hopkins

L’agent Ethan Hunt a pour mission de détruire un virus redoutable baptisé « Chimère ». Pour y parvenir, il va tenter d’infiltrer un gang terroriste mené par un ancien agent de l’IMF, qui compte voler le seul antidote existant, nommé « Bellerophon » (les amateurs de mythologie grecque apprécieront)… Pour la première adaptation cinématographique de Mission Impossible, l’acteur-producteur Tom Cruise avait trouvé chez Brian de Palma un homme de poigne capable d’imposer ses propres figures de style. Ici, hélas, John Woo semble s’être plié sans concession au narcissisme de la star, à tel point que le scénario de M-i :2 a visiblement été écrit pour servir de bande démo à l’acteur : Tom Cruise sourit à la caméra, Tom Cruise montre sa nouvelle coupe de cheveux, Tom Cruise fait de l’escalade, Tom Cruise exhibe ses muscles, Tom Cruise fait de la moto, Tom Cruise emballe les jolies filles, Tom Cruise danse la salsa, Tom Cruise fait de la haute-voltige… 

L’esprit de la série de Bruce Geller, prônant le travail d’équipe et la complémentarité, s’est ici entièrement évaporé au profit d’un individualisme frisant la mégalomanie. Car le personnage d’Ethan Hunt sait tout faire. Il cumule le génie technique de Barney Collier, la force physique de Willy Armitage, l’art du grimage de Rollin Hand, les pouvoirs de séduction de Cinnamon Carter et l’autorité de Jim Phelps. Du coup, M-i :2 ressemble plus à une mauvaise imitation de James Bond qu’à une variante intelligente sur la mythique série des années 60. John Woo lui-même semble obéir à un cahier des charges précis en caricaturant tous les effets de mise en scène qui firent jadis sa renommée : multiples fondus enchaînés, gunfights acrobatiques, vols de colombes au ralenti et explosions à répétition. Bref, c’est un véritable festival qui, privé de contenu, perd tout son sens. 

Le trucage de l’acteur qui enlève son masque pour révéler le visage d’un autre acteur est saisissant, certes, mais le film l’utilise tellement que son effet s’émousse progressivement jusqu’à la lassitude complète. Quant à la fameuse séquence d’équilibrisme du film précédent, chef d’œuvre de suspense et de tension, elle est ici imitée avec tant d’exagération qu’elle aussi perd tout son impact. Ce manque de subtilité permanent confine rapidement à l’indigestion, et il ne reste finalement à sauver que le charme irrésistible de la magnifique Thandie Newton et la partition musclée de Hans Zimmer, agrémentant le thème de Lalo Schifrin de quelques riffs électriques nerveux. 

« Ce n’était pas un travail facile, car je passais derrière Danny Elfman qui avait réorchestré ce fameux thème avec une grosse formation symphonique pour le premier film », raconte Zimmer. « Mon idée était d’essayer quelque chose de très différent, d’abandonner l’orchestre au profit d’une petite formation avec un seul violoncelle, et de mettre en avant les percussions et les guitares saturées. C’était assez osé, dans la mesure où c’est un choix atypique pour un film de ce genre, mais je dois dire que la production m’a laissé totalement autonome. Quant aux guitares flamenco, c’était une idée qui m’a été suggérée par Tom Cruise. » (1) Ces belles intentions sont louables, mais elles ne sauvent guère du naufrage ce blockbuster sans âme ni inspiration.

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2005

© Gilles Penso