2015 - TERMINATOR GENISYS

 

D’Alan Taylor (Etats-Unis)
Avec Arnold Schwarzenegger, Jai Courtney, Jason Clarke, Emilia Clarke, Lee Byung-Hun, Matt Smith, J.K. Simmons 

Polymorphe et quelque peu insaisissable, Terminator Genisys est le fruit contre-nature du recyclage auquel Hollywood ne cesse de se livrer avec ses franchises les plus populaires pour les adapter à un nouveau public et en tirer de juteux bénéfices. En ce sens, le film d’Alan Taylor est un véritable cas d’école, puisqu’il s’agit à la fois d’une prequel, d’une séquelle, d’un remake et d’un reboot de Terminator et Terminator 2 ! Ignorant les épisodes réalisés par Jonathan Mostow et McG, ce cinquième opus revient aux sources du mythe créé par James Cameron. Si les premières minutes du film nous racontent, dans le futur, les événements qui précèdent l’envoi dans les années 80 d’un Terminator pour tuer Sarah Connor puis d’un humain pour la sauver, suscitant un inévitable sentiment de déjà vu, les événements se compliquent par la suite.

Car nous sommes visiblement en présence d’une année 1984 parallèle dans laquelle rien ne s’est déroulé comme prévu (on pense aux lignes du temps expliquées par Emmet Brown dans Retour vers le Futur 2, mais les points communs avec le classique de Robert Zemeckis s’arrêtent là). Dans cet univers alternatif, Sarah Connor a été rendue orpheline à l’âge de neuf ans et élevée par un T-800 programmé pour la protéger. Lorsque Kyle Reese débarque du futur pour la sauver, il ne trouve donc pas la serveuse faible et innocente qu’il s’attendait à voir mais une guerrière armée jusqu’aux dents flanquée d’un gentil Terminator qu’elle surnomme Papy et dont les tissus humains vieillissent sur sa carcasse métallique (une astuce scénaristique visant à expliquer pourquoi Arnold Schwarzenegger n’a plus sa fraicheur d’antan).

A partir de là, la prequel/séquelle se transforme quasiment en remake des deux premiers Terminator, dans la mesure où Alan Taylor et ses scénaristes s’efforcent de reconstituer la majorité des séquences d’action concoctées jadis par James Cameron, y compris le combat de Reese contre un T-800 squelettique ou le surgissement d’un T-1000 qui, à l’instar du Robert Patrick de 1991, se déguise en policier pour tenter de passer inaperçu. Même les décors des affrontements sont similaires. La comparaison avec T1 et T2 est donc inévitable, et à ce jeu là Terminator Genisys n’a évidemment aucune chance. Ici, aucune scène de combat ou de poursuite ne parvient ne serait-ce qu’à égaler celles qui précédèrent.

Il faut tout de même reconnaître que Terminator Genisys s’efforce de respecter autant que possible le matériau original et de lui rendre hommage parfois très maladroitement – les reprise des répliques « viens avec moi si tu veux vivre » ou « I’ll be back » sont puériles, la bande originale de Lorne Balfe martèle lourdement le thème créé par Brad Fiedel – mais avec une apparente sincérité. Du coup, bizarrement, ces maladresses rendraient presque touchant ce film bancal qu’on aimerait aimer malgré sa balourdise – les traits d’humour y sont navrant – et qui, avouons-le, s’apprécie avec un de ces plaisirs coupables qui incitent à l’indulgence. Il est d’ailleurs possible que Terminator Genisys soit réévalué à la hausse dans quelques années, un peu comme Terminator 3 qui, à l’époque de sa sortie, avait déchaîné une colère sans borne chez les fans du cyborg créé par James Cameron.


© Gilles Penso