2015 - KINGSMAN, SERVICES SECRETS

 

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(Kingsman – The Secret Service)
de Matthew Vaughn (2015) – GB/USA
avec Colin Firth, Taron Egerton, Samuel L. Jackson, Mark Strong, Michael Caine, Mark Hamill

Matthew Vaughn est un homme plein de surprises. Au fil d’une filmographie atypique, il semble s’être spécialisé dans l’art de s’emparer de genres cinématographiques extrêmement codifiés et d’en intégrer pleinement les composantes fondamentales pour mieux les dynamiter. Après avoir appliqué cette méthode au conte pour enfant (Stardust) et au film de super-héros (Kick-Ass, X-Men : Au commencement), il s’en prend ici à l’espionnage. Plus encore que ses prédécesseurs, Kingsman témoigne du grand écart audacieux qu’ose effectuer Vaughn entre le classicisme extrême et une modernité qui frise l’insolence. Et pour mieux assumer ce mélange explosif, il choisit de mettre en scène deux protagonistes représentant ces deux facettes antithétiques. 

Le charismatique Colin Firth endosse ainsi le smoking d’un agent secret au service de Sa Majesté, une machine de guerre distinguée et raffinée qui, même dans les situations les plus extrêmes, ne se départit jamais de son flegme ni de son élégance. Une sorte de croisement entre le John Steed de Chapeau Melon et Bottes de Cuir et du James Bond campé par Sean Connery dans les années 60, en quelque sorte. A ses côtés, le fougueux Taron Egerton incarne un adolescent à la dérive, coincé entre une mère aux mœurs faciles, un beau-père brutal et les fréquentations douteuses de son quartier. La confrontation de ces deux protagonistes que tout oppose est la métaphore idéale du choc stylistique que Kingsman opère entre l’espionnage « so british » des swinging sixties et la férocité décomplexée du cinéma d’action du 21ème siècle. 

Car lorsque la violence éclate dans le film, c’est avec un excès surprenant, Vaughn ne nous épargnant aucun détail sanglant tout en accompagnant les époustouflantes chorégraphies des combats avec une caméra virevoltante qui suit en plan-séquence chaque belligérant et chaque coup porté. Cette folie destructrice culmine dans une séquence de massacre hallucinante perpétrée au sein d’une église intégriste du Kentucky. Dans Kingsman, la science-fiction s’invite aussi généreusement par l’entremise d’un super-vilain multimilliardaire excentrique (Samuel L. Jackson, qui en fait un peu trop mais évite fort heureusement de sombrer dans les excès insupportables de The Spirit) ayant décidé d’éradiquer une partie considérable de l’espèce humaine pour lutter contre la surpopulation et répartir à sa guise les richesses de la planète. 

L’influence des James Bond de la décennie 1970-1980 se fait alors ressentir, à travers des gadgets futuristes, des armes surréalistes (la jolie garde du corps juchée sur des prothèses en forme de patins surdimensionnés aussi tranchants que des rasoirs est une trouvaille incroyable), des implants provoquant des explosions de tête, des ondes modifiant le comportement des êtres humains et des catastrophes à l’échelle planétaire. Le cocktail aurait pu devenir indigeste, mais Matthew Vaughn s’adonne à ce jeu d’équilibriste avec une telle virtuosité que Kingsman possède au contraire un univers autonome, volontairement déconnecté du comic book dont il s’inspire pour mieux voler de ses propres ailes, aux accents d’une partition flamboyante d’Henry Jackman.

© Gilles Penso