1994 - LES OISEAUX 2


(The Birds 2 : Land’s End)
de Alan Smithee (Etats-Unis)
avec Brad Johnson, Chelsea Field, James Naughton, Jan Rubes, Tippi Hedren, Stephanie Milford, Megan Gallacher, Richard Olsen

Les Oiseaux 2 : le titre de ce téléfilm résume à lui seul l’aberration de son concept. Où diable peut bien résider l’intérêt d’une séquelle du chef d’œuvre animalier d’Alfred Hitchcock quelque trente ans plus tard ? Certes, Les Oiseaux laissait la menace en suspens au cours de sa mémorable séquence finale, mais c’était justement toute la force de cette fin ouverte, qu’une suite aurait fatalement amenuisée. D’ailleurs, Les Oiseaux 2 ne se hasarde pas sur une tentative de séquelle directe, puisqu’il n’entretient finalement que peu de rapport avec son modèle.

L’intrigue ne se situe pas sur Bodega Bay mais sur une toute autre île du nom de Gull Island, et les personnages n’ont aucun lien avec ceux d’Hitchcock, y compris Tippi Hedren qui campe une commerçante sans rapport avec la Melanie Daniels qu’elle incarnait en 1963. A mi-chemin entre le remake (les crédits du générique prétextent une nouvelle adaptation de la nouvelle de Daphné du Maurier) et la suite (un personnage fait référence aux événements survenus trente ans plus tôt à Bodega Bay), Les Oiseaux 2 ne sait visiblement pas sur quel pied danser. Les protagonistes sont ici Ted Hocken (Brad Johnson, tête d’affiche de Always de Steven Spielberg), un père de famille professeur de biologie venu s’isoler pour rédiger une thèse, son épouse May (Chelsea Field) décrochant un petit boulot auprès d’un photographe local qui la drague lourdement, et leurs deux fillettes qui batifolent alentour en compagnie de leur bon gros chien baptisé Scout.

Tout ceci est d’un ennui mortel, et si ce n’étaient quelques timides attaques de volatiles chichement parsemées au fil du récit, on se croirait dans n’importe quel téléfilm dramatico-sentimentalo-soporifique du dimanche après-midi, programmé entre un soap opéra et un jeu télévisé pour ménagères de moins de cinquante ans. Les spectateurs les plus courageux verront tout de même leur admirable patience récompensée par une scène de panique finale assez gratinée, au cours de laquelle mouettes, goélands et corbeaux s’en prennent méchamment à la population, déchirant les chairs à coup de bec, provoquant jets de sang et explosions à répétition, et détruisant tout sur leur passage. La violence de l’attaque surprend, tant la mièvrerie s’était emparée du reste du récit, et les effets spéciaux mi-numériques mi-mécaniques sont tout à fait honorables. Mais une seule scène ne compense pas l’insipidité de 90 minutes de métrage, et l’ombre immense d’Hitchcock empêche ce petit film mal fichu de décoller.

Le final nous montre la nuée des volatiles agressifs se diriger vers le continent, prélude à une invasion à plus grande échelle. Mais pitié, épargnez-nous Les Oiseaux 3 ! D’ailleurs, le cinéaste Rick Rosenthal (réalisateur du très réussi Halloween 2 faisant directement suite à La Nuit des Masques de John Carpenter), eut tellement honte de son « œuvre » qu’il emprunta le fameux pseudonyme hollywoodien « Alan Smithee » pour la signer. Précisons enfin que les distributeurs québécois, qui ne reculent devant rien, sortirent le film sous le titre L’Attaque des Oiseaux 2 : le retour de l’angoisse !

© Gilles Penso
Thema: Reptiles et Volatiles