1990 - L'EXORCISTE, LA SUITE

 

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(The Exorcist III) 
de William Peter Blatty (Etats-Unis)
avec George C. Scott, Ed Flanders, Jason Miller, Nicol Williamson, Brad Dourif, Scott Wilson, Nancy Fish, George DiCenzo 

Auteur du best-seller qui inspira le premier Exorciste de William Friedkin, William Peter Blatty s’avoua quelque peu déçu par le montage définitif du film, apparemment éloigné de sa vision initiale du récit. En guise de revanche, il passa lui-même derrière la caméra pour réaliser cette séquelle officielle, ignorant superbement le médiocre Exorciste 2 : L'Hérétique commis par John Boorman. L’intrigue se situe logiquement quinze ans après les tragiques événements de L'Exorciste, et met en vedette le lieutenant de police Kinderman. Interprété par Lee J. Cobb dans le film original, il a pris ici les traits burinés du vétéran George C. Scott (Docteur Folamour, Patton), et se retrouve avec plusieurs cadavres sur les bras. 

Assassinés selon un rituel pour le moins abominable, ils évoquent beaucoup les victimes d’un tueur en série surnommé « Le Gémeau », qui grilla sur la chaise électrique quinze ans plus tôt, autrement dit à l’époque où le père Damien Karras succombait après avoir exorcisé la jeune Regan McNeil. Tandis que l’enquête piétine et que les meurtres se multiplient, Kinderman fait une surprenante découverte. Karras a survécu à sa terrible chute (à la fin du premier Exorciste). Retrouvé amnésique par la police au milieu des années 70, puis assailli par de violents accès de rage et de fureur, il a été interné dans l’aile des fous dangereux d’un hôpital où se déroule dès lors la majeure partie du film. Depuis quinze ans, Karras abrite en son âme un terrifiant démon, celui-là même qui possédait « Le Gémeau ». 

Et si Jason Miller reprend ici le rôle du prêtre tourmenté, c’est l’excellent Brad Dourif, habitué aux personnages psychotiques, qui prête son visage au « Gémeau », et donc au Mal personnifié. La conviction des comédiens et la relative sobriété des effets de mise en scène de Blatty placent le film sous un jour réaliste et presque austère. Point de jets de vomi spectaculaires ni de maquillages horrifiques ici, et à l’exception d’une séquence finale d’exorcisme visiblement imposée par les producteurs pour satisfaire les amateurs de grand-guignol, le reste du métrage joue plutôt la carte de la suggestion et de l’atmosphère angoissante. Les morts horribles, par exemple, nous sont décrites mais jamais montrées. Ce refus du démonstratif est à priori louable, mais le potentiel d’épouvante de ce troisième Exorciste finit par en pâtir sérieusement. 

A force de ne rien montrer et de tout miser sur l’ambiance et les dialogues, Blatty suscite presque l’ennui, notamment lors de ces interminables séquences d’entretien entre George C. Scott et Brad Dourif, au cours desquels le démon qui habite Karras n’en finit plus d’expliquer ses noirs desseins et de se repaître des méfaits commis pour lui par les pauvres gens qu’il possède à tour de rôle. Restent quelques visions furtives mais marquantes, comme ce rêve surréaliste où les anges aux larges ailes côtoient des nains transportant une horloge, ou comme cette apparition fort inquiétante d’une vieille dame rampant comme un insecte sur le plafond d’une des pièces de l’hôpital. Indiscutablement plus intéressant que L'Hérétique, ce troisième épisode n'arrive certes pas à la cheville du chef d’œuvre auquel il succède, mais s'apprécie comme une variante efficace et souvent effrayante.

© Gilles Penso