1986 - KAMIKAZE



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de Didier Grousset (France)
Avec Richard Bohringer, Dominique Lavanant, Michel Galabru, Romane Bohringer, Etienne Chicot

Produit et co-écrit par Luc Besson, que Didier Grousset assista sur le tournage de Subway, Kamikaze part d’un postulat étonnant, une idée délirante qui semble détourner l’un des gags récurrents du fameux Hamburger Film Sandwich de John Landis. Génie de l’informatique renvoyé du laboratoire où il exerce, Albert (Michel Galabru) s’installe chez sa nièce et son mari, dans une grande maison retirée du monde, et s’abrutit devant la télévision. Bientôt révolté par la stupidité des programmes que le poste diffuse à longueur de journée, il invente un rayon révolutionnaire capable d’assassiner les speakrines à distance. Tandis que les meurtres inexpliqués se multiplient, l’inspecteur de police Romain Pascot, incarné par Richard Bohringer, mène l’enquête et se heurte au Ministère de la Communication. Pendant que les journaux titrent « meurtres en chaînes », son enquête piétine. « J’ai 55 millions de suspects » soupire-t-il. 

En désespoir de cause, le Ministère de l’Intérieur le dote d’un budget illimité afin qu’il puisse trouver la source de ces morts en série et l’éradiquer au plus vite. Pascot convoque alors tous les plus grands scientifiques à sa portée, et une théorie folle commence à s’échafauder. « L’individu qui nous intéresse a substitué au faisceau hertzien un faisceau d’ultrasons très concentré » explique ainsi lors d’une conférence un éminent professeur incarné par Etienne Chicot. « Ce faisceau remonte jusqu’à la caméra de télévision et va faire éclater de l’intérieur les os et les organes de la victime. » L’explication est certes complètement farfelue, mais elle est délivrée avec tellement d’aplomb que le spectateur est tout disposé à y croire.  

Kamikaze adjoint à son scénario étonnant un casting de premier choix. Michel Galabru y est délectable en misanthrope ultime, Richard Bohringer déborde comme toujours de charisme (son enfant étant joué dans le film par sa propre fille Romane) et Dominique Lavanant nous surprend dans un registre éloigné de la comédie qui l’a rendue populaire. Seuls la nièce d’Albert et son époux s’avèrent insipides, d’autant que leur rôle dans le film aurait quasiment pu être effacé sans trop d’incidence sur le déroulement du récit. Didier Grousset fait ici montre d’un indéniable savoir-faire, notamment lorsqu’il s’agit de concevoir des séquences de suspense comme celle au cours de laquelle un technicien sur le plateau d’une émission télévisée s’apprête à mourir en direct. 

Les meurtres eux-mêmes sont violents et sanglants, ne s’embarrassant guère d’une quelconque auto-censure. Au passage, la séquence où Galabru s’approche de son écran de télévision pour embrasser la bouche immense d’une présentatrice pulpeuse nous renvoie illico à Videodrome, et il n’est pas impossible que le chef d’œuvre de David Cronenberg ait d’une manière ou d’une autre influencé Kamikaze. Excellente surprise doublée d’une salve acerbe contre un petit écran nivelant son public par le bas, le film de Grousset nargue superbement les programmes télévisés à travers ses images léchées qui s’étalent sur un généreux format Cinémascope. Finalement, seule la bande originale d’Eric Serra aura mal passé le cap des années, le reste du métrage demeurant d’excellente facture.

© Gilles Penso
Thema: Télévision