1977 - EXORCISTE 2 : L'HERETIQUE

 

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de John Boorman (Etats-Unis)
Avec Linda Blair, Richard Burton, Louise Fletcher, Max Von Sydow, Kitty Winn, James Earl Jones, Paul Heinreid, Ned Beatty 

Même s’ils étaient peu enclins à se lancer dans une suite de L'Exorciste, le réalisateur William Friedkin et l’auteur William Peter Blatty se penchèrent par principe sur cette éventualité, suite au succès colossal né de leur collaboration en 1973. Mais bien vite, ils se heurtèrent à l’impossibilité d’établir un scénario cohérent, et abandonnèrent donc l’idée. Les cadres de Warner Bros ne l’entendant pas de cette oreille, une suite fut malgré tout mise en chantier et confiée aux bons soins de John Boorman. Après un début de carrière fulgurant (Le Point de Non Retour, Duel dans le Pacifique, Délivrance), le cinéaste britannique avait essuyé l’échec de Zardoz et cherchait donc un moyen de revenir sur le devant de la scène. 

Peine perdue : cet Exorciste 2 : l’Hérétique est tellement à côté de la plaque qu’il restera dans les mémoires comme l’une des séquelles les plus incongrues de l’histoire du cinéma. Certes, Boorman n’a pas choisi la facilité, refusant de se soumettre aux mêmes recettes horrifiques que le premier Exorciste pour explorer une voie plus mystique. Mais à trop vouloir transcender le sujet initial, il s’en éloigne jusqu’à l’absurde. Regan, toujours incarnée par Linda Blair, est aujourd’hui une adolescente rondouillarde qui semble bien dans sa peau et se détend en préparant un spectacle de claquettes. Mais le démon qui jadis la posséda est toujours là, quelque part, tapi au plus profond de son inconscient. La psychothérapeute Gene Turney (Louise Fletcher) lui dispense des soins routiniers, et reçoit un jour la visite du père Lamont (campé par l’immense Richard Burton). Ce dernier est chargé d’enquêter sur la mort du père Merrin, le fameux exorciste du film précédent, et souhaite donc rencontrer Regan. 

Obsédé par la chasse au démon, il se laisse aller à quelques envolées lyriques telles que « Le mal est une réalité spirituelle, qui existe et qui est en vie, pervertie et pervertissante, qui tisse sa trame insidieusement dans le tissus de la vie ». La psychologue, pour sa part, ne croit qu’aux maladies mentales, mais propose à Regan de vivre avec elle une séance d’hypnose synchronisée pour aider Lamont dans ses investigations. La séquence, assez interminable, permet d’entrevoir Regan possédée et met en évidence la présence latente du maléfique démon Pazuzu. A partir de là, Exorciste 2 l’Hérétique prend une tournure des plus étranges. Tandis que Regan est en proie à des crises de somnambulismes, le père Lamont part en Afrique à la recherche des origines de Pazuzu et d’un homme qui fit jadis exorcisé par Merrin (lequel apparaît en flash-back sous les traits de Max Von Sydow). 

Les séquences rocambolesques dignes d’un serial ou d’un vieux Tarzan (l’escalade de la montagne pour atteindre une cité afriaine de carte postale), les effets spéciaux approximatifs (maquettes, incrustations, rotoscopie) et les dialogues extravagants (Burton et James Earl Jones devisent gravement entre ce qui différencie les gentilles et les méchantes sauterelles !) parachèvent le massacre. Ni les envolées de la partition d’Ennio Morricone, ni le jeu habité de Burton ne parviennent à sauver l’entreprise que les fans du premier film rejetteront violemment. Boorman, pour sa part, se rattrapera en réalisant quelques années plus tard l’épique Excalibur.

© Gilles Penso