1972 - TRAITEMENT DE CHOC

 

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de Alain Jessua (France/Italie)
Avec Annie Girardot, Alain Delon, Michel Duchaussoy, Jean-François Calve, Robert Hirsch, Gabriel Cattand

Partisan d’un fantastique soigneusement ancré dans le réalisme (Armaguedon, Les Chiens, Paradis pour Tous), Alain Jessua a planté sa caméra à Quiberon, dans le Morbihan, pour composer un intéressant exercice de suspense médical qui annonce certaines œuvres de Michael Crichton, notamment Morts Suspectes avec lequel il présente plusieurs similitudes. Personnage central de Traitement de Choc, Hélène Masson, incarnée par Annie Girardot, est une riche styliste de trente-six ans qui se sent au bord de la dépression suite à une déception amoureuse (son petit ami l’a en effet quittée pour une femme plus jeune). Pour reprendre du poil de la bête, elle décide de faire une cure au prestigieux institut de thalassothérapie du docteur Devilers, dont on lui a dit le plus grand bien, et se rend donc à sa clinique privée confortablement édifiée le long de la côte bretonne. Une clinique très luxueuse et très onéreuse. Hélène y rencontre du beau monde, notamment le patron de la clinique, le séduisant docteur Devilers (les anglophones auront bien sûr repéré le diable qui se dissimule à peine sous ce patronyme très suggestif). 

Interprété par un Alain Delon de 45 ans toujours fringant, Devilers redonne énergie et santé à une clientèle fortunée grâce à un procédé secret à base de cellules animales régénérantes. Hélène, comme les autres malades, se sent rapidement mieux, et découvre que la plupart des patients font une ou deux cures chaque année, ce qui les rajeunit considérablement. Entre deux clients fortunés en peignoir de bain, Hélène retrouve son ami Jérôme Savignat (Robert Hirsch), mais celui-ci, ayant des problèmes d’argent, n’a plus les moyens de suivre le traitement fort coûteux et va bientôt être chassé de la clinique. Quelques jours plus tard, il se donne la mort en se jetant du haut d’une falaise. Ce suicide traumatise Hélène qui devient méfiante et entreprend une enquête personnelle. Attention spoiler: Ses investigations la conduisent pas à pas vers une abominable découverte : les employés de l’institut, tous des Portugais sans papiers, sont assassinés un à un, puis éviscérés dans un laboratoire secret afin d’en extraire les cellules fraîches propres à obtenir le miraculeux élixir de jouvence de Devilers. 

Traitement de Choc est donc une inquiétante allégorie sur la vampirisation des couches sociales démunies par une élite de nantis, une thématique que revisiteront entre autres Rod Hardy (Soif de Sang) et Brian Yuzna (Society), et qui prend ici l’image finale de corps éventrés dans une chambre froide. Dommage que l’angoisse inhérente à un tel récit soit quelque peu amenuisée par des problèmes de rythme et une tendance fâcheuse à multiplier les dialogues explicatifs. Mais il faut reconnaître que Girardot et Delon sont impeccables dans leurs rôles respectifs. La partition, signée en partie par Jessua, joue sur les percussions et les vocalises ethniques, comme pour mieux accentuer la sauvagerie cannibale qui sommeille chez tous ces curistes de la haute bourgeoisie. En Grande-Bretagne, Traitement de Choc fut distribué sous l’étrange titre de Doctor in The Nude, sans doute en référence à une scène naturiste au cours de laquelle Delon et Girardot se baignent nus dans l’océan.


© Gilles Penso
Thema: Médecine