2015 - RENAISSANCES



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(Self/Less) 
de Tarsem Singh (Etats-Unis)
avec Ryan Reynolds, Natalie Martinez, Matthew Goode, Ben Kingsley, Victor Garber, Derek Luke

Tout semble avoir réussi au richissime homme d’affaire Damian Hale (Ben Kingsley), mais une maladie incurable le ronge et rien ne pourra empêcher la Grande Faucheuse de croiser sa route. Rien, sauf peut-être la société Phénix, dirigée par le professeur Albright (Matthew Goode), qui propose aux grandes fortunes une alternative à la mort : un transfert de l’esprit dans un corps de synthèse. Passées les premières réticences, Damian cède à la tentation et se retrouve bientôt dans une nouvelle enveloppe corporelle (Ryan Reynolds). Mais la jeunesse éternelle a un prix… 

Il ne faut pas chercher bien loin pour déceler dans le scénario d’Alex et David Pastor une allusion au mythe de Faust, Damian signant quasiment un pacte avec le Diable lorsqu’il choisit de tromper la mort. Mais Renaissances prend surtout les allures d’un remake d’Opération Diabolique de John Frankenheimer, auquel il semble vouloir rendre un hommage manifeste. Au fil de cette intrigue à tiroirs, c’est la nature humaine qui est questionnée. Notre corps n’est-il qu’une coquille vide, qu’un « véhicule » biologique accueillant notre âme et notre intelligence ? La science-fiction n’étant jamais aussi fascinante que lorsqu’elle interroge l’humain sur lui-même et sur sa place dans l’univers, le film de Tarsem Singh atteint pleinement ses objectifs tout en offrant au public un spectacle truffé de poursuites échevelées, de fusillades à répétition et de cascades à couper le souffle. 

En ce sens, Renaissances retrouve presque l’équilibre miraculeux de Volte/Face de John Woo qui, lui aussi, prenait la forme d’un thriller de SF mouvementé pour mieux décliner la thématique de la quête d’identité. Particulièrement inspiré, Tarsem fait entrer sa mise en scène en résonance avec le sujet de manière presque organique. La syncope de son montage lors des premiers pas du « nouveau » Damian, la bande originale d’Antonio Pinto qui parasite harmonieusement les envolées symphoniques avec des rythmiques électroniques, le recours régulier aux flash-forwards qui altèrent la chronologie de certaines séquences, toutes ces facéties visuelles et sonores dépassent allègrement le statut d’effets de style pour raconter via un langage purement cinématographique les tourments psychiques du héros de Renaissances

Car plus le film avance, plus Damian comprend que sa « reprogrammation » n’est pas naturelle, et que des souvenirs étranges affleurent à sa mémoire. Le film n’aurait pas eu le même impact si les comédiens ne s’y étaient pas investis pleinement. A ce titre, il convient de saluer la performance de Ryan Reynolds, dont le jeu minimaliste et la retenue extrême se prêtent parfaitement au sujet. Quant à Ben Kingsley, impérial comme toujours, il n’occupe pas longtemps l’écran, mais sa présence est si forte qu’elle imprègne la totalité du métrage. A leurs côtés, les seconds rôles excellent, de l’ultra-charismatique Matthew Goode au touchant Victor Garber en passant par la fragile Natalie Martinez et l’inquiétant Derek Luke. Bref, Renaissances est une excellente surprise dont on regrettera simplement un titre français un peu passe-partout traduisant mal son originalité et son audace.


© Gilles Penso
Thema: Médecine