2007 - HANNIBAL LECTER : LES ORIGINES DU MAL

 

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(Hannibal Rising)
de Peter Webber (USA/GB/France)
avec Gaspard Ulliel, Gong Li, Dominic West, Rhys Ifans, Richard Brake, Kevin McKidd, Helena Lia Tachovska, Aaron Thomas 

Comment devient-on un monstre ? Où le mal prend-il sa racine ? Quels traumatismes peuvent-ils transformer un enfant en bête sauvage ? Telles sont les questions passionnantes soulevées par Hannibal Lecter : Les Origines du Mal. Adaptant avec panache le dernier roman de Thomas Harris, le film de Peter Webber (La Jeune Fille à la Perle) relance ainsi une franchise en perte de vitesse après les épisodes peu concluants signés Ridley Scott et Brett Ratner. Les agents du F.B.I, les cellules capitonnées et les psychiatres disparaissent ici au profit d’un drame prenant sa source dans les affres de la deuxième guerre mondiale. 

A peine âgé de dix ans, Hannibal assiste à maintes atrocités dans le château où les Lecter ont trouvé refuge sur le front Est. Après la mort violente de tous les membres de sa famille, notre jeune garçon, recueilli dans un orphelinat, n’a bientôt plus qu’une idée en tête : retrouver ceux qui ont sauvagement assassiné sa petite sœur Mischka et leur faire passer l’arme à gauche. Fuyant l’austère institution, il trouve refuge en France auprès de la veuve japonaise de son oncle et s’initie avec elle au code d’honneur des samouraïs. Après un premier meurtre, Hannibal entame des études de médecine à Paris et commence parallèlement sa sanglante croisade… 

Le choix de Gaspard Ulliel pour camper Anthony Hopkins dans ses années adolescentes peut surprendre, dans la mesure où ce comédien français de 22 ans avait jusqu’alors incarné des héros positifs et populaires, comme en témoignent Un Long Dimanche de Fiançailles et Jacquou le Croquant. Mais cette idée de casting s’avère finalement être un véritable coup de génie, car sous ses traits avenants surgissent furtivement un regard fou, un sourire carnassier, un froncement de sourcil bestial… Sans caricature ni outrance, le jeune Hannibal bascule ainsi dans la folie meurtrière. Et le drame humain de virer du même coup à l’horreur. Evacuant tout manichéisme trop explicite, Hannibal Lecter démontre qu'une inévitable porosité existe entre le bien et le mal. Qui donc est le héros de ce récit tourmenté ? Hannibal, victime des horreurs de la guerre se muant en bourreau impitoyable ? Lady Murasaki (magnifique Gong Li), sa tante protectrice qui le soutiendra jusqu’au bout, même lorsqu’elle lui demandera avec désarroi : « que reste-t-il chez toi à aimer » ? L’inspecteur de police compatissant (Dominic West) qui cherche à empêcher Hannibal de commettre l’irréparable ? 

En proposant plusieurs pôles d’identification, le film de Peter Webber perturbe insidieusement son spectateur, retrouvant du même coup l’ambiguïté qui seyait si bien au Sixième Sens et au Silence des Agneaux. Webber assume d’ailleurs pleinement le statut de prequel de son film sans pour autant chercher à imiter les œuvres qui le précédèrent, ce qui lui permet même de s’apprécier de manière autonome, sans la moindre nécessité de connaître les autres épisodes de la saga Lecter. Indiscutablement, cette œuvre complexe témoigne d’un véritable supplément d’âme, portée de surcroît par une photographie somptueuse de Ben Davis (Layer Cake) et une partition de toute beauté signée Ilan Eshkeri (L’Anneau Sacré) et Shigeru Umebayashi (2046).

Gilles Penso