1986 - LE SIXIEME SENS

 

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(Manhunter) 
de Michael Man (Etats-Unis)
avec William Petersen, Brian Cox, Joan Allen, Kim Greist, Dennis Farina, Tom Noonan, Stephen Lang, David Seaman 

En 1981, l’écrivain Thomas Harris publie le roman « Dragon Rouge » et provoque un petit émoi dans la communauté des amateurs de polar. Eprouvant, tendu et constellé de détails réalistes, le texte s’inspire en partie de l’expérience d’Harris, ancien journaliste spécialisé dans les affaires criminelles. Cinq ans plus tard, Michael Mann, créateur de Deux Flics à Miami et réalisateur de La Forteresse Noire, décide d’adapter le roman en y injectant sa propre sensibilité. Dès les premières minutes du Sixième Sens, tout l’univers du futur auteur de Heat et Révélations envahit l’écran cinémascope : un océan à perte de vue, une magnifique photographie bleutée de Dante Spinotti, une musique synthétique planante, des ombres chinoises qui se découpent sur un ciel épuré… 

Will Graham (William Petersen) est un des experts légistes les plus habiles du FBI. Doté d’un instinct exceptionnel (auquel le film doit son titre français), il a la capacité d’entrer dans la peau des tueurs pour percer à jour leurs pensées, leurs rêves, leurs fantasmes. Alors qu’il a rendu son tablier depuis trois ans suite à l’arrestation de l’assassin anthropophage Hannibal Lecktor (Brian Cox), son ancien supérieur Jack Crawford (Dennis Farina) lui demande de reprendre du service pour enquêter sur le massacre de deux familles perpétré par l’énigmatique « tueur de la pleine lune ». C’est en voyant les photos tendues par Crawford que Graham accepte. 

Là, toute la subtilité de Michael Mann se fait jour. Car au lieu des clichés atroces que l’on imagine, notre héros découvre les portraits heureux de deux familles nombreuses. Force est de reconnaître que l’impact de ces images est bien plus fort que s’il s’agissait de scènes de crimes éclaboussées d’hémoglobine, puisque c’est l’imagination du spectateur qui est sollicitée. Un peu rouillé, Graham doit retrouver ce qu’il appelle « la tournure d’esprit ». Il rend donc visite à Lecktor dans sa prison, mais l’entretien s’avère éprouvant dans la mesure où le cannibale lui démontre calmement à quel point tous deux sont semblables. « Nous recevons notre nature en même temps que nos viscères, pourquoi ne pas l’accepter ? » lui dit-il sans sourciller. Le caractère policier du film est palpitant. Mais c’est son aspect « autre », frôlant l’horreur et le fantastique sans jamais s’y conformer totalement, qui fascine le plus. 

En ce domaine, la prestation du tueur incarné par Tom Noonan s’avère exceptionnelle. Terrifiant, comme lorsqu’il séquestre le reporter, un bas sur la moitié du visage, invoquant la fureur du dragon rouge, il est aussi paradoxalement touchant, fragile et à fleur de peau. Michael Mann applique ainsi à merveille l’adage selon lequel les monstres les plus intéressants sont ceux qui émeuvent et suscitent de l’empathie. Cette dualité chez l’assassin trouve son écho dans la mise en scène, alternant les séquences choc (le fauteuil roulant en flammes dans le parking) et les moments magnifiquement poétiques, comme cette jeune femme aveugle (Joan Allen) caressant un tigre endormi. Le Sixième Sens mit du temps à trouver son public, mais est désormais considéré comme une œuvre d’exception à laquelle de nombreux cinéastes se réfèrent et rendent hommage.

© Gilles Penso
Thema: TUEURS, CANNIBALES