1995 - JUDGE DREDD

 

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de Danny Cannon (USA)
Avec Sylvester Stallone, Armand Assante, Jürgen Prochnow, Diane Lane, Rob Schneider 

Si depuis leur création à la fin des années 30 les super-héros et les super-vilains se sont sagement positionnés dans les camps bien définis des bons et des méchants, le manichéisme des comic books s’est progressivement étiolé au cours des années 70. On a coutume de dire que ce bouleversement des valeurs est rattaché à la guerre du Vietnam et au scandale du Watergate, semant définitivement le doute sur les certitudes ancrées jusqu’alors dans l’inconscient collectif américain. Cette période correspond ainsi à l’avènement de héros aux méthodes discutables, à la violence exacerbée et aux idéaux frôlant dangereusement le fascisme. 

Trois ans après Franck Castle, le fameux Punisher de Marvel, naissait ainsi Judge Dredd dans le magazine « Science Fiction 2000 A.D. » Une adaptation au cinéma était inévitable, mais elle tarda à se concrétiser et entre temps plusieurs films de science-fiction s’inspirèrent largement du juge/policier/bourreau expéditif créé par John Wagner et Carlos Ezquerra, notamment Robocop et Demolition Man. Lorsqu’un Judge Dredd cinématographique pointa enfin le bout de son nez, l’originalité ne fut donc pas la qualité principale qui frappa les spectateurs. Sur une splendide partition d’Alan Silvestri, le générique de début s’efforce pourtant de remettre les pendules à l’heure, affichant les couvertures du comics original pour légitimer un retour aux sources. Les premières images de la mégalopole du futur nous coupent le souffle, et force est de constater que les effets spéciaux, les décors et la direction artistique du film sont de toute beauté. 

Lorsque Dredd apparaît pour la première fois afin de défaire une émeute, la mise en scène de Danny Cannon joue la carte de l’iconisation, et le film semble partir sous les meilleurs auspices. Mais on sent déjà que le grand public est visé (budget pharaonique oblige) et que l’édulcoration guette. Un premier indice nous est donné lorsque le caractère impartial du personnage est tourné en dérision. Quand sa collègue lui suggère d’éprouver de temps en temps des émotions, il rétorque ainsi : « des émotions ? Ce devrait être interdit par la loi. » Au bout d’un quart d’heure, le sacrilège ultime nous frappe alors de plein fouet : Dredd retire son casque ! C’était à prévoir. Le studio Disney (sous le label Hollywood Pictures) ne pouvait pas masquer pendant une heure et demie le visage de sa superstar, et malgré tout le bien que nous pensons de Stallone, l’embaucher pour jouer Dredd était de toute évidence une fausse bonne idée. 

Dès lors, le film alterne le meilleur et le pire. Le méchant psychopathe incarné par Armand Assante, le terrifiant robot animatronique réactivé après des décennies de sommeil, la secte religieuse cannibale ou l’éveil des clones de Dredd font partie des moments mémorables – et très réussis – de Judge Dredd. Mais parallèlement, il faut subir les pitreries d’un faire-valoir comique inutile (Rob Schneider), les prémisses d’une love story hors sujet et quelques scènes d’action poussives (la poursuite des motos volantes). Le bilan est donc mitigé, mais le film ne méritait pas la cabale dont il fut victime au moment de sa sortie. Il aurait même tendance à se bonifier en vieillissant.

© Gilles Penso