1993 - FORTRESS

de Stuart Gordon (Etats-Unis)
Avec Christophe Lambert, Kurtwood Smith, Loryn Lochlin, Lincoln Kilpatrick, Jeffrey Combs, Clifton Gonzalez, Tom Towles 

Monté sur le piédestal des maîtres du cinéma d’horreur grâce au prodigieux Re-Animator, Stuart Gordon change ici de registre et prouve par là même un indéniable savoir-faire en matière d’action mouvementée et de suspense, même s’il avait déjà goûté aux joies des univers futuristes à l’occasion du méconnu Robot Jox. Armé d’un budget plus conséquent qu’à son habitude, il concocte avec Fortress un film nerveux et efficace qui démarre en trombe, sans exposition préalable, tous les éléments nécessaires à la compréhension de la situation étant disséminés par la suite.

La surpopulation est devenue le principal fléau de la Terre. La loi interdit désormais à chaque femme d’avoir plus d’un enfant. Dans cette société dystopienne en diable, le capitaine John Brennick (Christophe Lambert) et sa femme Karen (Loryn Lochlin) sont des hors-la-loi. Après avoir perdu leur premier bébé, ils ont en effet décidé d’en avoir un second. Repéré au passage de la frontière américaine, John s’interpose pour que son épouse enceinte puisse s’enfuir. Il est capturé et emmené dans « la forteresse », centre carcéral conçu par la multinationale Men-Tel Corporation. Toute tentative d’évasion y est inutile. L’ensemble du complexe, étalé sur trente étages souterrains, est placé sous la surveillance du plus puissant ordinateur au monde. Les caméras et les sensors épient les prisonniers jusque dans leurs rêves, les lasers les contiennent dans leurs cellules, et les intestinators qui leur sont implantés dans le ventre à leur arrivée peuvent leur infliger sur ordre des douleurs allant jusqu’à la mort. Evidemment, rien n’empêchera Brennick d’envisager malgré tout une évasion prochaine…

Ce très inquiétant univers futuriste est servi par des décors sobres mais convaincants, des effets spéciaux impeccables et tout un tas de trouvailles scénaristiques, notamment le redoutable intestinator ou la capacité technologique de digitaliser les rêves. Christophe Lambert évolue avec suffisamment de conviction dans cette cauchemardesque forteresse, dotant son personnage d’une fragilité et d’une humanité qu’Arnold Schwarzenegger, pressenti pour le rôle, aurait probablement amenuisées. Inoubliable méchant de Robocop, Kurtwood Smith incarne un directeur de prison détestable à souhait, tandis que Jeffrey Combs, le célèbre Herbert West de Re-Animator, joue un prisonnier particulièrement perturbé qui répond au surnom de D-Day.

Le problème des films de prison est de crouler souvent sous une montagne de lieux communs. Stuart Gordon, même s’il en est visiblement conscient, ne les évite pas tous, et l’ultime partie du film ne laisse que peu de place aux situations imprévues. Quant au dénouement, expédié en quelques plans, il surprend par son manque d’audace et de surprise, comme s’il avait fallu se débarrasser en vitesse des derniers rebondissements. Du coup Fortress, qui démarrait plutôt bien, nous laisse sur notre faim, ce qui ne l’empêcha pas de se comporter très honorablement au box-office, entraînant une séquelle tardive réalisée sept ans plus tard par le metteur en scène australien Geoff Murphy, avec toujours Christophe Lambert sous la défroque du prisonnier.

© Gilles Penso
Thema: FUTUR