1971 - THX 1138

Avec Robert Duvall, Donald Pleasence, Maggie MacOmis, Don Pedro Colley, Ian Wolfe, Marshall Efron

Pour qui n’y est pas préparé, la découverte du tout premier long-métrage de George Lucas peut s’avérer déconcertante. La retenue, l’austérité et le relatif hermétisme de l’œuvre semblent contraster fortement avec la fameuse Guerre des Etoiles qui le rendra célèbre six ans plus tard. THX 1138 est l’adaptation du cinquième court-métrage que Lucas réalisa en 1967 pendant ses études à l’USC. Très remarqué pour son audace et sa maîtrise technique, cet impressionnant galop d’essai de 17 minutes était une réinterprétation libre du « 1984 » de George Orwell. La version longue, produite par la compagnie de Francis Ford Coppola Zoetrope et financée – un peu à contrecœur – par Warner Bros, en reprend la trame principale tout en la développant.

Le malaise s’instille dès les premières secondes, à travers un générique insolite qui s’obstine à défiler à l’envers sur une musique atonale de Lalo Schifrin. Les premières images sont difficiles à identifier, mais l’univers aseptisé et informatisé que Lucas nous laisse apparaître par bribes fait déjà froid dans le dos. La couleur blanche domine, sur les uniformes tous identiques des citoyens au crâne rasé, sur les murs, sur les sols… Les prénoms et les noms n’existent plus. Chacun porte désormais un matricule. THX-1138 (Robert Duvall), un ouvrier chargé de réparer les robots, vit comme ses semblables sous sédatif pour oublier la morne morosité de son quotidien vide de sens. La notion d’individualité n’a plus cours, le sexe est prohibé, ceux qui ne se conforment pas aux prescriptions médicales sont accusés de « non alignement thérapeutique ».


La bande son du film, supervisée par le co-scénariste Walter Murch, se sature ainsi de messages lancinants tels que « pour plus de plaisir et d’efficacité, nous standardisons la consommation » ou « soyons heureux d’avoir une tâche à accomplir ». L’abrutissement des masses se poursuit dans les appartements – immaculés eux aussi – où la télévision du futur, sous forme d’hologrammes en 3D, diffuse des programmes idiots ou avilissants. Le gouvernement, les médias et l’église se confondent d’ailleurs lorsqu’il s’agit de prier devant son écran, face à une figure christique qui incite au travail et à l’accroissement de la production. THX-1138 est le grain de sable qui va gripper cette mécanique bien huilée. Oubliant d’absorber ses sédatifs, il transgresse un grave interdit en faisant l’amour à sa compagne LUH-3417 (Maggie MacOmis) et devient dès lors un fugitif en cavale.


En gérant avec soin le maigre budget à sa disposition et en choisissant avec attention des lieux de tournage atemporels et déshumanisés (centres d’affaires, parkings, tunnels, souterrains), Lucas compose un futur plausible et oppressant. L’ultime séquence entre en rupture avec le rythme languissant du reste du métrage à travers une poursuite automobile effrénée que George Lucas, passionné de sport mécanique, filme comme les futurs vaisseaux spatiaux de La Guerre des Etoiles : avec frénésie, dynamisme et euphorie. Grisante, la vitesse semble ici symboliser la liberté. Une liberté qui prend tout son sens lors du plan final, extrêmement iconique, et dont jouira Lucas lui-même, ce premier long-métrage lui ouvrant les voies d’Hollywood avec le succès que l’on sait.



© Gilles Penso
Théma: FUTUR

BONUS : George Lucas et Robert Duvall sur le tournage