2004 - G.O.R.A.

de Omer Faruk Sorak (Turquie)
Avec Cem Yilmaz, Rasim Oztekin, Ozkan Ugur, Idil Firat, Safak Sezer, Ozge Ozberk, Erdal Tosun, Ozan Guven, Cezmi Baskin


Avec son budget de cinq millions de dollars et ses trois années de production, G.O.R.A. est non seulement le film turc le plus cher de l’histoire du cinéma, mais également le premier space opera de grande envergure jamais réalisé dans cette partie du continent. Assez curieusement, ce n’est pas un émule de George Lucas ou de James Cameron que l’on trouve à l’initiative de ce projet colossal, mais le comique Cem Yilmaz, habitué jusqu’alors au stand up, l’idée des Turcs dans l’espace lui étant venue d’un de ses sketches. G.O.R.A. est donc un étrange mixage de film de science-fiction ultra ambitieux (les effets visuels sont de très haut niveau, les décors sont immenses et innombrables, la mise en image est superbe) et de comédie décontractée à la Saturday Night Live.

Avec son humour pince sans rire, Yilmaz (scénariste mais également interprète des deux rôles principaux du film) n’est d’ailleurs pas sans nous évoquer par moments le Sacha Baron Cohen déjanté de Borat. Nous le découvrons d’abord sous les traits d’Arif, un vendeur de tapis qui vit d’expédients et s’est spécialisé dans les photos truquées de soucoupes volantes. Un jour, il est réellement enlevé par des extra-terrestres, à bord d’un immense vaisseau spatial, et emmené par le commandant Logar (à nouveau Yilmaz) sur la planète Gora, aux côtés d’autres terriens, afin de grossir le rang des esclaves humains de cette peuplade conquérante. Fourbe au-delà de tout, Logar compte épouser la fille du chef Tocha, la belle Ceku, afin de régner sur Gora. Il ne se doute pas que le modeste Arif s’apprête à lui mettre des bâtons dans les roues… 

Rythme échevelé, mise en scène alerte, gags ininterrompus, G.O.R.A. est un divertissement permanent au fil duquel les clins d’œil à Star Wars abondent : le sabre laser, le costume de Logar (calqué en grande partie sur celui de Dark Vador), l’hologramme du vieux maître Garavel qui annonce à Arif que la Force est en lui… D’autres références s’en mêlent, en particulier Le Cinquième Elément lorsqu’Arif sauve la planète d’une collision avec une boule de feu, Matrix dont le fameux « bullet time » est pastiché à outrance et, d’une manière plus générale, les films de kung-fu. On note aussi, en début de métrage, un flash-back hilarant en noir et blanc qui narre le premier contact entre les hommes et les extra-terrestres, via une version campagnarde, grivoise et muette du Jour où la Terre s'Arrêta

Entre deux scènes comiques, l’équipe des effets visuels réalise de véritables exploits, nous offrant de magnifiques visions de la planète Gora, dignes de La Menace Fantôme (avec des buildings et des vaisseaux en 3D à la Flash Gordon), ou encore une excellente séquence de fuite en aéroglisseurs volants (clin d’œil à celui de Luke Skywalker sur la planète Tatooine). Dommage que le scénario de G.O.R.A. ne soit que très moyennement passionnant et se contente de collecter ses morceaux d’anthologie. Avec une écriture plus rigoureuse, nous aurions vraiment eu droit au Austin Powers ou au Y’a-t-il un Pilote dans l’Avion du space opera. Tel quel, le film de Omer Faruk Sorak ressemble finalement à un sketch de deux heures qui rachète sa légèreté par ses indiscutables qualités formelles et son grain de folie permanent.


© Gilles Penso