1981 - VIRUS CANNIBALE

(Virus Inferno dei Morti-Vivanti)
de Bruno Mattei (Italie)
avec Margit-Evelyn Newton, Frank gardeeld, Vincent O’Neil, Selan Karay

Entre la fin des années 70 et le début des années 80, une vogue éphémère s’empara du cinéma italien : celle du film de zombies ultra-gore.  Directement influencés par le succès du Zombie de George Romero, une demi-douzaine de réalisateurs transalpins se laissèrent ainsi aller aux excès horrifiques les plus extrêmes. Certains en tirèrent de fascinantes variations en y injectant leur propre personnalité, notamment Lucio Fulci via sa célèbre tétralogie infernale. D’autres n’hésitèrent pas à entacher le genre d’avatars plus que douteux. A ce titre, Virus Cannibale bat sans doute tous les records. 

Alors qu’il inspecte la tuyauterie d’une usine, un ouvrier découvre le cadavre d’un rat qui s’anime soudain, se glisse sous sa combinaison et le dévore avec force jets de sang. Bientôt, tous les ouvriers se muent en zombies au visage noirci, dévorant les vivants avec un bel appétit (une épaule est croquée à pleines dents, un corps entièrement ouvert et étripé). Le responsable de l’usine constate alors avec lucidité que leur projet a échoué, déclarant solennellement : « Que Dieu nous pardonne pour ce que nous avons créé ici ». L’action se transporte ensuite dans une forêt sauvage où bivouaque tranquillement un petit groupe de randonneurs. Mais la sérénité est de courte durée. Bientôt, le père est dévoré par son petit garçon, la mère attaquée par un vieillard au visage écarlate, et des corps décomposés surgissent un peu partout avant de déambuler en traînant la patte. Au beau milieu du carnage, une journaliste et son caméraman semblent ne s’étonner que très modérément face au surgissement de ces zombies anthropophages. « Regarde leurs visages, on dirait des monstres », remarque tranquillement la jeune femme. 

Les « héros » du film sont les membres d’un commando dépêché sur place. Racistes, fascistes, stupides, ils tirent d’abord et réfléchissent après (y compris sur le petit garçon zombie). Mais comme aucun autre pôle d’identification n’est proposé aux spectateurs, il est difficile de savoir si le réalisateur se moque de ces détestables protagonistes ou se prend de sympathie pour eux. Régulièrement pendant la traversée du petit groupe dans la forêt, le montage insère très maladroitement des stock-shots animaliers au ralenti. Et pour que le cocktail gore/exotisme se pare également d’un soupçon d’érotisme, Mattei filme en gros plan les seins de la journaliste lorsque celle-ci, prise d’une soudaine inspiration, se déshabille pour essayer d’infiltrer une tribu locale. 

Le gore poétique de Lucio Fulci est ici supplanté par des effets volontairement repoussants : vomissements face à la caméra, autochtone affamé qui mastique des asticots grouillant sur un cadavre, chat dévorant les entrailles d’une vieille femme, jambes mangées, doigts arrachés… Mattei tente même de combattre Fulci sur son propre terrain lorsqu’un zombie plonge sa main dans la bouche d’une jeune femme, lui arrache la langue, puis lui fait sauter les yeux des orbites de l’intérieur, avec ses doigts ! Le tout en gros plan, bien sûr ! Pour manger aussi au râtelier de Romero, Mattei filme les débats animés des politiciens s’interrogeant sur le sort à réserver aux zombies, tandis que le montage insère arbitrairement des images d’archives de populations du Tiers-Monde en détresse… Virus Cannibale s’érige ainsi en véritable monument de mauvais goût.

© Gilles Penso
Thema: ZOMBIES