1980 - QUELQUE PART DANS LE TEMPS

(Somewhere in Time)
de Jeannot Szwarc (1980) - USA
avec Christopher Reeves, Jane Seymour, Christopher Plummer, Teresa Wright, Bill Erwin, George Voskovec

Les écrits de Richard Matheson ont toujours entretenu un rapport privilégié avec le cinéma. Dynamique, le verbe de l’écrivain appelle des images et s’appuie souvent sur des ressorts proches de ceux de la dramaturgie filmique. Il était donc logique que bon nombre de ses nouvelles et de ses romans muent du papier vers l’écran, la plupart du temps sous sa propre supervision. Le cinéma et la télévision lui doivent de nombreux épisodes de La Quatrième Dimension, mais aussi L'homme qui rétrécit, The Last Man on Earth, Le SurvivantDuel ou encore La Maison des Damnés

En 1975, l’écrivain change de registre, délaissant provisoirement la science-fiction et l’horreur, ses terrains de jeu favoris, pour les besoins du roman « Le Jeune Homme, la Mort et le Temps » (« Bid Time Return »). Ce dernier aborde le thème du voyage dans le temps en se soustrayant volontairement à toute technologie. Ici, aucune machine n’est à l’origine du paradoxe temporel. Le voyage s’effectue en effet par la simple force de la concentration et le pouvoir de l’amour. Le réalisateur français Jeannot Szwarc, qui fit ses preuves à Hollywood avec Les Insectes de Feu et Les Dents de la Mer 2ème partie, s’empare du roman cinq ans après sa publication pour en tirer un très beau film où le fantastique s’immisce en douceur, à pas feutrés, sous le titre Quelque part dans le tempsEn 1972, Richard Collier, un jeune auteur dramatique, y est abordé en coulisse, le soir de l’inauguration de sa première pièce de théâtre, par une vieille dame qui lui remet une montre et lui demande de revenir à elle. 

Huit ans plus tard, en quête d’inspiration pour une nouvelle pièce, Collier découvre dans un hôtel le portrait d’Elise McKenna, une actrice du siècle dernier. Fasciné par sa beauté, il apprend que cette femme était la vieille dame qu’il a croisée brièvement huit ans plus tôt, et qu’elle est morte le soir de leur rencontre. Par la seule force de la pensée, il parvient à remonter le cours du temps pour la retrouver et l’aimer. « Le secret, ça ne peut être que de se soustraire aux restrictions de l’environnement », expliquait Matheson dans son roman. « On ne peut le faire physiquement ; il faut donc le faire mentalement. » L’auteur nous permettait ainsi d’accepter l’incroyable en rationnalisant l’insoupçonnable pouvoir de suggestion de l’énergie amoureuse. Et le film y parvient tout autant. 

Débarrassé de la cape rouge et des effets spéciaux spectaculaires de Superman qui lui permit de triompher deux ans plus tôt sur les écrans du monde entier, Christopher Reeves endosse avec subtilité le rôle de Richard Collier et prouve que ses talents d’acteur ne se limitent guère aux exploits de Kal-El. Il tient probablement ici l’un de ses meilleurs rôles, et constitue avec Jane Seymour un duo de charme sublimé par la partition enivrante de John Barry. Les mythes d’Orphée et de Loth transparaissent de toute évidence dans ce récit, qui n’est pas non plus sans évoquer la nouvelle « Arria Marcella » de Théophile Gautier. Point culminant de la carrière inégale de Jeannot Szwarc, Quelque part dans le temps remporte en 1981 le prix de la critique du festival international du film fantastique d’Avoriaz.

© Gilles Penso