1960 - LE MASQUE DU DEMON

(La Maschera del Demonio)
De Mario Bava (Italie)
Avec Barbara Steele, John Richardson, Andrea Checchi, Ivo Garrani, Arturo Dominici, Enrico Olivieri

Non content d’avoir propulsé sur le devant de la scène le réalisateur italien Mario Bava (dirigeant là son premier film après avoir souvent secondé ses confrères par le passé) et la comédienne irlandaise Barbara Steele (future égérie du cinéma d’horreur transalpin), Le Masque du Démon s’inspire très librement de la nouvelle « Viy » de Nicolas Gogol. Au 18ème siècle, la princesse Asa est condamnée pour sorcellerie. Les bourreaux la tuent avec le masque du démon, à l'intérieur duquel se dressent des pointes qui lui transpercent le visage. Deux siècles plus tard, son cadavre putréfié retrouve la vie grâce à des gouttes de sang. Elle utilise alors Vavuvitch (Arturo Dominici), son serviteur vampire, afin de prendre la place de la princesse Katia… 

En assumant le double rôle de réalisateur et de directeur de la photographie, Bava a nimbé Le Masque du Démon d’une photogénie somptueuse, chaque plan témoignant d’un indéniable perfectionnisme et de soins extrêmes. Le magnifique noir et blanc est gratifié de décors superbes et de nombreux jeux sur les ombres, les lumières, les contrastes et les clairs/obscurs. Plusieurs passages horrifiques assez saisissants ponctuent le film, en particulier la terrible scène du prologue, avec le masque hérissé de pointes planté à coup de masse sur le visage de la sorcière (une vue subjective menaçant même le spectateur de subir lui-même le supplice !), la mise à nu du visage d'Asa, dont les orbites vides sont habités par de petits scorpions, ou encore la résurrection spectaculaire de son compagnon, aux allures de zombie masqué. Cette dernière scène évoque beaucoup un autre écrit de Nicolas Gogol, la nouvelle « Une terrible vengeance », dans laquelle on pouvait lire : « Au-dessus d’une tombe, une croix avait chancelé ; et, se dressant en silence, un cadavre desséché en sortit. » 

Quant à la double prestation de Barbara Steele, à la fois innocente Katia et maléfique Asa, elle synthétise à elle seule les deux positions extrêmes de la femme dans l’épouvante classique (victime et bourreau) mais aussi dans l’imagerie judéo-chrétienne volontiers encline au manichéisme (la vierge et la tentatrice). Seuls quelques dialogues désuets, défaut commun aux œuvres de Bava, affaiblissent un peu le film, sans pour autant porter ombrage à son incroyable impact. Avec une touchante modestie, Bava estimait à l’époque que ses talents de metteur en scène, surestimés à son goût, se limitaient simplement à ses connaissances dans la photographie, son expérience des effets spéciaux et sa capacité à créer des atmosphères particulières. Au vu du Masque du Démon, force est de constater que la simple juxtaposition de ces spécialités n’eut pas suffi. De toute évidence, Bava eut le génie de les combiner en une extraordinaire alchimie, qu’il retrouvera ensuite à maintes occasions (Six Femmes pour l’Assassin, Les Trois Visages de la Peur, Hercule contre le Vampire), mais rarement avec la même intensité. Témoignant d’un mauvais goût fort peu excusable, les distributeurs américains modifièrent le métrage et l’affublèrent d’une partition médiocre de Les Baxter (l’affublant du titre hors sujet Black Sunday).

© Gilles Penso
Thema: Sorcellerie

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