1959 - PLAN 9 FROM OUTER SPACE

de Edward D. Wood Jr (Etats-Unis)
Avec Gregory Walcott, Mona McKinnon, Duke Manlove, Tom Keene, Tor Johnson, Bela Lugosi, Vampira, Criswell, Joanna Lee

En 1959, Ed Wood avait déjà un bon palmarès de films improbables à son actif, notamment Glen or Glenda, Bride of the Monster et Night of the Ghouls, mais avec Plan 9 From Outer Space il nous offrit son « chef d’œuvre » absolu. Le scénario nous apprend que des extra-terrestres  cherchent à conquérir la Terre, après huit tentatives ratées, grâce à un nouveau plan qui consiste à ressusciter les morts. Financé par l’église baptiste, Ed Wood se débrouilla avec un budget des plus dérisoires. Du coup, les décors ne s’embarrassent guère de fignolage. Lorsque Wood veut nous montrer un cimetière, il plante deux arbustes et trois pierres tombales dans le sol. Le scénario nécessite-il la cabine d’un avion ? Deux chaises et un rideau font l’affaire ! Quant à l’intérieur du vaisseau spatial, il se réduit à une pièce nue ornée de tables sur lesquelles sont posés des postes de radio. 

Les costumes sont à l’avenant, en particulier ceux de nos fiers extra-terrestres engoncés dans des pyjamas en aluminium du plus curieux effet. Mais c’est du côté de ses effets spéciaux que Plan 9 atteint les sommets du ridicule. Comment oublier ces soucoupes volantes en plastique suspendues par des fils de pêche bien visibles ? Il faut pourtant avouer qu’en quelques furtifs moments, Ed Wood parvient à créer une atmosphère intéressante, notamment lors des déambulations erratiques de Vampira et Tor Johnson dans le cimetière nocturne. Mais la poésie macabre dégagée par ces plans miraculés tient plus du casting (ces deux comédiens ont une présence physique indéniable) que des prises de vue elles-mêmes. 

Le plus étrange reste le sort réservé à Bela Lugosi. L’ancien Dracula d’Universal avait accepté de jouer quelques scènes autour de sa propre maison, dans le costume de vampire qu’il porta souvent sur scène. Ed Wood espérait utiliser ces images pour un projet baptisé « Tomb of the Vampire », mais après la mort de Lugosi, il décida finalement de les inclure dans Plan 9. Wood, qui n’en était pas à une extravagance près, transforma le vampire en zombie, et demanda à Tom Mason, le chiropracteur de sa femme, de doubler Lugosi dans toutes les séquences qui nécessitaient la présence de ce nouveau personnage, en prenant bien soin de cacher son visage derrière sa cape ! Cette solution de remplacement est évidemment saugrenue, d’autant que Mason est beaucoup plus grand que Lugosi et que ses cheveux n’ont sensiblement pas la même couleur. N’empêche qu’Ed Wood put se targuer d’avoir réalisé le dernier film avec Bela Lugosi ! 

On n’en finirait plus de décrire les incohérences du scénario, l’ineptie des dialogues ou les grossières fautes de raccord (la plus célèbre d’entre elles étant cette même scène qui se déroule en plein jour dans le champ et la nuit dans le contre-champ). Mais il serait injuste de réduire Plan 9 From Outer Space à ses maladresses et ses aberrations. Qu’on le veuille ou non, derrière cette absurde fable de science-fiction se cache un cinéaste dont la sincérité et la détermination ne furent jamais entachées par l’anémie de ses budgets ou l’inexpérience de ses équipes. Voilà sans doute pourquoi - étrange paradoxe - Ed Wood est l’un des pires mais aussi l’un des plus attachants réalisateurs de l’histoire du cinéma fantastique.

© Gilles Penso