2004 - ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND

de Michel Gondry (Etats-Unis)
avec Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elijah Wood, Tom Wilkinson, Jane Adams, David Cross

La première collaboration entre le scénariste Charlie Kaufman et le réalisateur Michel Gondry, Human Nature, n’était pas très convaincante, malgré l’indéniable talent de ces deux artistes hors-norme. Mais il faut croire qu’il s’agissait là d’un galop d’essai, car leur film suivant, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, est une véritable merveille. « Ce film répondait aux contraintes d’une grosse production hollywoodienne », explique le producteur Georges Bermann, complice de Gondry depuis ses tout premiers vidéoclips. « Le script et le développement ont été payés par le studio, et il était évident qu’il fallait deux stars pour tenir les rôles principaux. Nicolas Cage était prévu au départ, mais finalement c’est tombé à l’eau et Jim Carrey l’a remplacé, aux côtés de Kate Winslet. » (1)

Pourtant, jamais les contraintes d’une grande major ne semblent entacher cette œuvre magique, attachante et résolument originale. La séquence prégénérique, longue de plus d’un quart d’heure, nous conte l’idylle naissante de deux êtres à part, Joel Barish et Clementine Kruczynski, qui se rencontrent par hasard sur la plage de Montauk. Puis la chronologie se déstructure et se concentre sur les événements survenus quelques jours plus tôt. Joel y est désespéré, car il vient d’apprendre que Clementine l’a effacé de sa vie… au sens propre. En effet, une société nommée Lacuna offre la possibilité technique d’ôter de la mémoire de ses clients tous les souvenirs qui l’embarrassent. Joel décide de faire appel à son tour à leurs services et d’effacer de son cerveau tout ce qui est lié à Clementine.

« Il y a un cœur émotionnel à chacun de nos souvenirs », explique à notre héros le docteur Mierzwiak (Tom Wilkinson). « Quand on se débarrasse de ce cœur, le processus de dégradation commence. Quand vous vous réveillerez demain matin, tous les souvenirs que nous aurons ciblés seront fanés et auront disparu comme un rêve. » L’opération a lieu dans l’appartement de Joel, en pleine nuit, sous la supervision de trois employés déjantés de Lacuna (interprétés par rien moins que Mark Ruffalo, Elijah Wood et Kirsten Dunst). Mais plus les souvenirs s’effacent, plus Joel commence à regretter sa décision, et sa lutte mentale pour ne pas oublier sa bien-aimée permet à Michel Gondry de multiplier les trouvailles visuelles étonnantes : les plans-séquence qui nous mènent d’un lieu à l’autre, un coin de rue où se perd totalement toute notion d’espace et de temps, le visage de Clementine qui devient flou en pleine discussion, le rival de Joel qui n’apparaît que de dos même lorsqu’il tourne la tête, les objets et les gens qui s’effacent un à un dans un hall de gare…

Le scénario brillant de Charlie Kaufman s’assortit ainsi d’une mise en scène ingénieuse, oscillant intelligemment entre la captation instinctive des émotions des héros (caméra à l’épaule, éclairage minimaliste, montage brut) et la multiplication de trucages merveilleusement poétiques. Porté par deux comédiens en état de grâce, Eternal Sunshine of the Spotless Mind fut salué avec un enthousiasme fort mérité par le public et la critique, la presse américaine n’hésitant pas à le qualifier d’ « une des plus belles histoires d’amour de l’histoire du cinéma ».

(1) Propos recueillis par votre serviteur en juin 2006.

© Gilles Penso
Thema: Médecine en folie