2002 - MAY


 
de Lucky McKee (USA)
Avec Angela Bettis, Jeremy Sisto, Anna Faris, James Duval, Nichole Hiltz, Kevin Gage, Merle Kennedy, Rachel David

May est l’un des films d’horreur les plus émouvants qui nous aient jamais été donnés de voir. Certes, « horreur » et « émouvant » ne sont pas, à priori, « des mots qui vont très bien ensemble », comme dirait Paul McCartney. Mais comment définir autrement cet excellent premier film signé Lucky McKee ? A fleur de peau, le jeune cinéaste nous livre là le portrait d’un tueur psychopathe désespérément touchant, son basculement progressif et inexorable vers la folie meurtrière n’étant que le fruit d’un long parcours du combattant émotionnel, jonché d’inhibitions et de frustrations.

Lorsqu’elle n’est qu’une enfant, May Dove Canady est déjà complexée par une coquetterie dans l’œil qui l’oblige à porter un patch de pirate et l’éloigne de tous ses camarades de jeu. Pour pallier le manque affectif de sa fille, la mère de May croit trouver une parade infaillible en lui déclarant : « si tu ne trouves pas d’amis, fabrique t’en. » Joignant le geste à la parole, elle lui offre une poupée un peu effrayante, qu’elle fabrique elle-même et qui ne quitte jamais sa boîte en verre protectrice. Devenue jeune femme, May n’a guère amélioré sa socialisation et sa meilleure amie demeure sa poupée, malgré les appels du pied de Polly, une jeune lesbienne délurée qui travaille à ses côtés dans un cabinet vétérinaire. Un jour, May tombe sous le charme d’Adam, un beau mécanicien qui vit dans son quartier, pratique le cinéma en amateur et se laisserait volontiers attirer par elle si son comportement n’était pas si bizarre.

Car May n’a aucune expérience amoureuse, et ses tentatives de séduction prennent une tournure très maladroite, voire franchement inquiétante. Adam n’a rien contre un soupçon d’étrangeté, et démontre même un penchant certain pour la provocation, comme en témoigne l’un de ses courts-métrages – excellent par ailleurs – au cours duquel un couple s’aime tellement qu’il finit par s’entredévorer. Mais lorsque May, croyant lui faire plaisir, se met à le mordre jusqu’au sang pour reproduire les scènes de son petit film, le jeune homme brise net cette relation naissante. Profondément blessée par ses échecs sentimentaux, May décide alors de prendre le conseil de sa mère au pied de la lettre. Si elle est incapable d’avoir des amis ou des amants, pourquoi ne les fabriquerait-elle pas elle-même ? Pourquoi n’emprunterait-elle pas les véritables membres des gens qu’elle aime afin de confectionner cet être idéal et aimant ?

Une grande partie de la réussite de May repose sur l’interprétation prodigieuse d’Angela Bettis. Tour à tour hilarante, poignante et effrayante, c’est une véritable révélation, les fêlures progressives de son personnage se répercutant sur le verre qui protège la poupée, poupée avec laquelle elle présente d’ailleurs de troublantes ressemblances physiques. Pour lui donner la réplique, McKee a choisi deux comédiens plus chevronnés mais tout autant spontanés : Anna Faris, transfuge de la saga parodique Scary Movie, et Jeremy Sisto, personnage récurrent de la série Six Feet Under. Foncièrement bouleversant, atrocement pathétique, le dénouement de May laisse des traces profondes longtemps après la fin du générique. Une grande et belle réussite.


© Gilles Penso
Thema: TUEURS