1998 - CUBE



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de Vincenzo Natali (Canada-
Avec David Hewlett, Maurice Dean Wint, Nicole De Boer, Nicky Guadagni, Andrew Miller, Julian Richings

« On me parle souvent de la série La Quatrième Dimension lorsqu’on évoque Cube, pourtant ce ne fut pas ma source d’inspiration », raconte Vincenzo Natali. « La seule chose qui ait dicté le scénario de Cube était le manque d’argent ! Il s’agissait de mon premier long-métrage, et je cherchais une histoire qui pourrait se dérouler dans un décor unique. » (1) Le postulat de Cube est donc le suivant : cinq personnes qui ne se connaissent pas se réveillent dans une pièce en forme de cube et tentent de s’en échapper tout en tâchant de comprendre où ils sont et qui les y a mis.


La triple unité citée par Nicolas Boileau dans son Art Poétique (action, lieu et temps) est donc de mise dans Cube, un véritable exercice de style conçu avec les moyens les plus modestes (cinq comédiens, un seul décor, 365 000 dollars canadiens en guise de budget), et dont le moteur principal est le suspense. Natali a bien retenu la leçon édictée par Steven Spielberg dans Les Dents de la Mer, qui consiste à amorcer le film par une séquence traumatique pour ensuite laisser fonctionner l’imagination du spectateur. Ainsi, Cube commence par l’éveil d’un homme à l’intérieur du mystérieux quadrilatère. Quatre issues s’offrent à lui. Il en choisit une, s’engage dans le tunnel, puis se fige brutalement avant de se disloquer complètement, découpé en mille petits cubes par un filet très acéré ! La surprise de ce piège digne d’un cartoon, la précision du montage et la perfection des effets spéciaux rendent la séquence diablement efficace.

Natali se contente ensuite, tout au long du film, d’aiguillonner les sens du public en le poussant à se demander où sont les pièges et en quoi ils consistent. Il ne recourra qu’une nouvelle fois à un effet choc, lorsqu’un piège crématoire du plus surprenant effet fait fondre le visage d’une victime. La séquence de suspense la plus éprouvante de Cube est directement héritée du Mission Impossible de Brian de Palma. Tous les protagonistes y sont en équilibre instable, obligés de n’émettre aucun son sous peine d’être réduits en pièces par un piège invisible. Mais le concept même du film et les scènes de suspense n’auraient pas suffi seuls à faire tenir le récit sur la durée d’un long métrage. Grand maître dans l’art de manipuler le public, Natali ajoute donc dans son cocktail un piment supplémentaire lié aux personnages eux-mêmes.

Au début du film, les fonctions de héros, de traître, de sauveur et de boulet sont réparties de manière assez évidente. Mais au fil des événements, la donne change progressivement et la distribution des rôles se modifie, à l’instar de l’architecture du cube tout entière. Même s’il nous laisse imaginer que nous avons affaire à une expérience scientifique dans laquelle les humains sont des rats de laboratoire, le dénouement de Cube opte pour l’absence totale d’explication, un choix qui peut décevoir les fans de La Quatrième Dimension, rompus aux coups de théâtre vertigineux de dernière minute. « Nous voulions ouvertement laisser cette question en suspens », avoue Natali. « En ne donnant pas les clefs du mystère, en ne montrant pas ce qui se situe au-delà des limites du cube, ce lieu demeure une énigme et entre dans le domaine de la métaphore. » (2)

(1) et (2) Propos recueillis par votre serviteur en février 2010.

© Gilles Penso
Thema : Médecine en folie