1972 - TERREUR DANS LE SHANGHAI EXPRESS

(Panico en el Transiberiano)
de Eugenio Martin (Espagne/Grande-Bretagne)
avec Christopher Lee, Peter Cushing, Alberto de Mendoza, Silvia Tortosa, Julio Peña, Angel del Pozo, Helga Line, Telly Savalas

Producteur des westerns Les Quatre Mercenaires d’El Paso et Pancho Villa, Bernard Gordon fit en 1971 l’acquisition de la maquette de train utilisée pour Nicholas et Alexandra de Franklin J. Schaffner. L’idée de concevoir un film autour de cette maquette donna naissance à Terreur dans le Shangaï Express, une co-production anglo-espagnole au casting international qu’Eugenio Martin réalisa sous le pseudonyme jazzy de Gene Martin. Nous sommes en 1903, en Mandchourie, où le paléontologue Alexandre Saxton (Christopher Lee) découvre un hominien fossilisé vieux de deux millions d’années. 

A mi-chemin entre le yéti et le chaînon manquant, la créature doit être ramenée par le transsibérien, au départ de Shangaï. Mais sur le quai de la gare, un malfaiteur tente de voler la cargaison dans l’espoir de la monnayer. Peu après, on le retrouve mort, les yeux blancs et le visage blafard. Le moine Pujardov, présent sur les lieux, en conclut aussitôt : « c’est le fait de Belzébuth ! » Pas démonté pour autant, Saxton embarque son colis préhistorique. Dans le train, il fait connaissance avec quelques prestigieux passagers, notamment la belle comtesse polonaise Irina Petrovska (Silvia Tortosa) et le peu scrupuleux professeur Wells (Peter Cushing). La nuit venue, la main velue et gluante du monstre surgit de la caisse et ouvre la serrure. Son visage, plongé dans la pénombre, bénéficie d’un maquillage plutôt réussi. Mélange de singe et de zombie, les yeux rouge vif et les dents proéminentes, il fait son petit effet. Le monstre hypnotise illico le préposé aux bagages qui s’écroule, les yeux blancs et le visage ensanglanté. 

Lorsque les autorités débarquent, la bête a disparu. Saxton est contrarié, évidemment, sans témoigner pour autant la moindre sympathie pour les victimes : « Un simple employé et un petit voleur ? Oui je l’avoue, j’ai quelque peine à m’y intéresser. » Dans la bouche de Christopher Lee, un tel mépris hautain s’avère savoureusement détestable. Après autopsie, il s’avère que les victimes ont le cerveau parfaitement lisse, comme si la créature avait absorbé leur mémoire, leur esprit, leur intelligence et leurs connaissances. Lorsqu’on parvient enfin à l’abattre, on découvre dans l’humeur vitrée de son œil des images de la terre vue de l’espace. Tandis que le moine, qui a toujours un bon mot, déclare « c’est l’œil de Satan », les scientifiques en tirent une conclusion pour le moins surprenante : ils ont affaire à une entité extra-terrestre, s’étant jadis logé dans le corps du fossile, et habitant désormais celui d’un des passagers. Mais lequel ? 

Lorsque l’inspecteur déclare aux savants : « qu’arrivera-t-il si l’un de vous est le monstre ? », Wells rétorque avec flegme : « Le monstre ? Mais nous sommes Anglais, voyons ! ». On le voit, malgré son fort potentiel horrifique, Terreur dans le Shangaï Express ne recule devant aucun trait d’humour. En tête d’affiche, Telly Savalas n’intervient pourtant que dans la dernière demi-heure, dans le rôle d’un cosaque haut en couleur, tyrannique, violent et exubérant, montant à bord du train pour y faire régner l’ordre. Le final, apocalyptique, lorgne carrément vers La Nuit des Morts-Vivants, le monstre ressuscitant toutes ses victimes dans la panique la plus générale.

© Gilles Penso

BONUS : Le poster original