1963 - BLOOD FEAST

de Herschell Gordon Lewis (Etats-Unis)
Avec William Kerwin, Mal Arnold, Connie Mason, Lyn Bolton, Scott H. Hall, Toni Calvert, Ashlyn Martin

En réalisant Blood Feast, Herschell Gordon Lewis ne se rendait sans doute pas compte du tournant qu’il faisait prendre au cinéma d’horreur. Spécialisé jusqu’alors dans les « nudies », des petits films érotiques concoctés avec la complicité du producteur David Friedman, il eut l’idée de reprendre à son compte les débordements sanglants du Grand-Guignol. Née en 1897 sur la scène parisienne d’une salle de spectacle qui lui donna son nom, cette forme théâtrale pour le moins singulière consistait à offrir aux spectateurs en mal d’émotions fortes des pièces vaudevillesques dans lesquelles l’horreur outrancière remplaçait la comédie de boulevard. 

Le Grand-Guignol eut son heure de gloire, mais l’intérêt du public s’émoussa quelque peu au bout de six décennies, et la toute dernière représentation eut lieu en 1962. Le génie d’H.G. Lewis fut donc de reprendre le flambeau, en quelque sorte, et de transposer les folies sanglantes théâtrales sur un écran de cinéma. Avec un script signé Allison Louise Downe, ex-membre de la police, et moins de dix jours pour boucler son tournage, Lewis situe son film à Miami et raconte l’histoire de Fuad Ramsès, un traiteur égyptien aux fortes tendances psychopathes. Engagé par une famille américaine pour assurer le repas d'anniversaire de Suzette, leur fille de vingt ans, il obtient ses ingrédients en assassinant ou mutilant de nombreuses jeunes femmes. Ces sanglantes exactions lui permettent de célébrer le culte de la déesse Ishtar, qu’il entend bien ramener à la vie. Il arrache ainsi une langue, un cerveau, une jambe… Un policier sauve à temps Suzette, destinée à une cérémonie religieuse, et Fuad finira ses jours broyé dans une benne à ordures. 

Maladroite, jouée par des amateurs, filmée et éclairée sans soins, structurée autour d’un scénario filiforme, Blood Feast est malgré tout exemplaire à un titre : il s’agit officiellement du premier film gore de tous les temps. Effectivement, l’horreur sanguinolente y bat son plein, rythmant méthodiquement l’intrigue : une femme se fait arracher la jambe dans son bain, une autre est décervelée sous les yeux de son fiancé, une troisième a la langue extirpée, une dernière est fouettée jusqu’au sang puis massacrée sur une table… L’énormité des meurtres, et surtout leur prétexte mystico-religieux, désamorcent toute épouvante au profit d’une répulsion instinctive basique… et de nombreux fous rires dans la mesure où il est impossible de prendre cette intrigue au premier degré. 

Lewis, passant outre son budget anémique, réalise des effets spéciaux astucieux à base de mannequins en plastique et de viande fournie par la boucherie du coin, le tout étant noyé dans des mares vermillon de sang synthétique. Le pire de tous les comédiens est probablement Thomas Wood, dans le rôle d’un policier balourd - que le scénario tente de nous faire passer pour la perspicacité personnifiée. Il met un temps fou à recouper des éléments aux rapports pourtant évidents : les meurtres rituels, les sacrifices d’Ishtar, Fuad Ramses… Et lorsqu’il a fait enfin le lien, il explique longuement le processus de ses déductions à son patron, au cas où quelques spectateurs très distraits n’auraient pas suivi.

© Gilles Penso
Thema: TUEURS