2002 - DETOUR MORTEL

(Wrong Turn) 
de Rob Schmidt (USA)
avec Eliza Dushku, Desmond Harrington, Jeremy Sisto, Emmanuelle Chriqui, Kevin Zegers, Lindy Booth, Julian Richings 

Produit par le maquilleur Stan Winston (Terminator, Jurassic Park, A.I. Intelligence Artificielle), Détour Mortel marche ouvertement sur les traces de Massacre à la Tronçonneuse, Délivrance et La Colline a des Yeux. Dès les premières minutes, en effet, il apparaît clairement que nous sommes en terrain connu. Après un prologue proposant une variante horrifique sur celui de Vertical Limits, Détour Mortel se centre sur Chris Flynn (Desmond Harrington), un jeune médecin coincé dans un embouteillage qui a la mauvaise idée de prendre un détour via une petite route de terre accidentée.

Au beau milieu de la forêt, son attention est attirée par le cadavre d’un cervidé, et il heurte de plein fouet un 4X4 arrêté en plein virage. Ses occupants, cinq jeunes gens venus camper dans la région, sont tombés dans ce qui ressemble à un piège, car leur quatre pneus ont éclaté en même temps. En quête de secours, le petit groupe s’enfonce dans la forêt et tombe sur une cabane au contenu inquiétant… et aux habitants proprement terrifiants. A partir de là, Détour Mortel décolle réellement, et s’arrache à ses prestigieuses influences pour malmener les nerfs des spectateurs au cours d’une petite heure et quart de tension ininterrompue. Car le réalisateur Rob Schmidt et son scénariste Alan McElroy rivalisent d’ingéniosité pour multiplier les situations cauchemardesques, ne reculant devant aucun effet gore.

Le plus gratiné d’entre eux est probablement celui d’une des héroïnes dont la bouche est tranchée par une serpe. La partie supérieure de sa tête reste ainsi clouée à un arbre, tandis que le reste de son corps s’écroule lamentablement et tombe dans le vide quelques dizaines de mètres plus bas ! Les assaillants eux-mêmes, dont le maquillage est évidemment l’œuvre de Stan Winston et son équipe, sont tellement hideux que les anthropophages de La Colline a des Yeux, à côté d’eux, ressemblent à des top models. Jonglant en virtuose avec les codes du film d’horreur traditionnel, Détour Mortel puise une grande partie de son impact chez les terreurs enfantines qu’il parvient à retranscrire dans le contexte du « survival ».

Car les trois cannibales dégénérés qui sévissent dans les bois sont rien moins qu’une relecture des ogres des contes de fées, la fameuse séquence de la cabane fonctionnant de fait comme une nouvelle version de la rencontre du Petit Poucet et de ses frères avec le fameux mangeur de chair fraîche. Machiavélique en diable, le scénario ôte un à un tous les espoirs d’échappatoires auxquels aspirent les protagonistes, les piégeant progressivement dans un cauchemar duquel la seule issue semble être le réveil, comme si tout ceci n’était qu’un mauvais rêve. Du coup, le processus d’identification fonctionne à plein régime, le spectateur se sentant embarqué dans le même crescendo d’épouvante. Bref une œuvre bien plus novatrice qu’il n’y paraît, même si les thématiques développées par Hooper, Boorman et Craven (la violence communicative, la folie engendrée par l’inactivité, la nature agressive) ont ici été évacuées au profit d’un simple tour de train fantôme. Basique, certes, mais redoutablement efficace.

© Gilles Penso
Thema:
CANNIBALES, TUEURS


BONUS : Dans l'atelier des maquillages spéciaux…